{"id":9340,"date":"2017-05-14T20:00:31","date_gmt":"2017-05-14T18:00:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=9340"},"modified":"2017-05-14T20:00:31","modified_gmt":"2017-05-14T18:00:31","slug":"robbins-balanchine-cherkaoui-jalet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=9340","title":{"rendered":"Robbins \/\u200b Balanchine \/\u200b Cherkaoui, Jalet"},"content":{"rendered":"<p>Ballet | Op\u00e9ra national de Paris | <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-16-17\/ballet\/robbins-balanchine-cherkaoui-jalet\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Balanchine, Robbins, Cherkaoui-Jalet<\/em>, c\u2019est en trois temps que les compositions de Maurice Ravel sont mises \u00e0 l\u2019honneur jusqu\u2019au 27 mai 2017 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Garnier. \u00a0Une programmation surprenante de par la diff\u00e9rence des styles, des mises en sc\u00e8nes et des ambiances. L\u2019enchainement des trois ballets trouve sa coh\u00e9rence dans les compositions de Ravel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Premi\u00e8rement nous apparait <em>la Valse<\/em> mise en sc\u00e8ne en 1951 par le c\u00e9l\u00e8bre chor\u00e9graphe russe George Balanchine. Tous les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une pi\u00e8ce classique sont pr\u00e9sents\u00a0: costumes somptueux, mise en sc\u00e8ne sobre et d\u00e9cor minimaliste. D\u00e9bute alors la valse. Les danseurs, au rythme de la musique, nous entraine dans un tourbillon de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. Dans un bal aux allures mondaines, les valseurs sont nobles. Les femmes sont v\u00eatues de longs gants blancs et de robes ros\u00e9es, les hommes en costumes noirs cintr\u00e9s. Dans un mouvement circulaire commun, chacun traine de partenaire en partenaire. Puis, la Dame blanche entre. Elle est fi\u00e8re, majestueuse voire hautaine\u00a0; on ne voit plus qu\u2019elle. Le rythme s\u2019acc\u00e9l\u00e8re. Avec son partenaire, elle joue la com\u00e9die de l\u2019amour, le libertinage a pris fin. Alors entre la mort, la lumi\u00e8re est grave et la musique s\u2019assombrit. V\u00eatue de noir elle s\u00e9duit la protagoniste, celle-ci d\u2019abord horrifi\u00e9e, se laisse ensuite tenter. Chang\u00e9e en Dame noir, elle et la mort nous offre une derni\u00e8re danse macabre, d\u2019un plaisir paroxystique, mais au d\u00e9nouement tragique\u00a0: la danseuse meurt. Le bal mondain peut reprendre gaiement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une toute autre ambiance vient ensuite l\u2019adaptation du Concerto au sol pour piano de Ravel. Une chor\u00e9graphie de J\u00e9r\u00f4me Robbins, datant de 1975, nomm\u00e9e \u00ab\u00a0Au sol\u00a0\u00bb. Semblant de com\u00e9die musicale, une premi\u00e8re partie nous plonge dans une atmosph\u00e8re vacanci\u00e8re\u00a0: des marini\u00e8res color\u00e9s et un paysage maritime qu\u2019on devine en arri\u00e8re-plan. Puis cet engouement laisse place \u00e0 un instant de po\u00e9sie\u00a0: un couple de danseurs, v\u00eatu plus sobrement de blanc, prend possession de la sc\u00e8ne. Accompagn\u00e9s uniquement d\u2019un piano, ils nous transportent dans un pur moment de gr\u00e2ce. Des trois repr\u00e9sentations, celle-ci est la plus l\u00e9g\u00e8re et seul l\u2019instant po\u00e9tique semble se d\u00e9tacher.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Derni\u00e8rement, le fameux Bol\u00e9ro de Ravel mis en sc\u00e8ne en 2013 par Sidi Labri Cherkaoui et Damien Jalet conclue la s\u00e9ance. Emmanuel B\u00e9jart a produit un ballet de r\u00e9f\u00e9rence sur ce morceau, les deux chor\u00e9graphes font le choix d\u2019une mise en sc\u00e8ne plus contemporaine qui conserve toutefois l\u2019importance du mouvement circulaire : un miroir oblique est positionn\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la sc\u00e8ne de telle fa\u00e7on qu\u2019il permet au spectateur d\u2019avoir une vue surplombante sur le mouvement des danseurs. Ainsi le mouvement circulaire de la chor\u00e9graphie est d\u00e9doubl\u00e9. De plus, un jeu de lumi\u00e8re projet\u00e9 verticalement drape de lumi\u00e8re les danseurs et cr\u00e9e de nouveaux mouvements giratoires. Cela donne \u00e9galement une dimension totale au ballet qui emprunte ainsi pour s\u2019enrichir \u00e0 l\u2019art visuel. Pourtant si cette chor\u00e9graphie a le m\u00e9rite de faire un effort pour \u00e9galer celle de B\u00e9jart, on peut regretter parfois l\u2019absence d\u2019une unit\u00e9 de mouvement, qu\u2019un plus grand minimalisme aurait surement pr\u00e9venu. De plus il faut savoir qu\u2019\u00e0 partir du troisi\u00e8me \u00e9tage et pour l\u2019\u00e9tage sup\u00e9rieur, seulement une petite partie du miroir est visible.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Camille Duranton<\/h6>\n<hr \/>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Au cours du mois de mai, l\u2019Op\u00e9ra de Paris nous offrent trois danses sur la musique de Ravel, toutes cr\u00e9\u00e9es au cours de ces derni\u00e8res soixante ans. On voit bien la variation de style de ces trois chor\u00e9graphes mais la musique s\u2019applique tout aussi bien \u00e0 la premi\u00e8re danse, cr\u00e9\u00e9e par Balanchine en 1951 qu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re cr\u00e9\u00e9e en 2013.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Pour commencer, c\u2019est <i>La Valse <\/i>avec la chor\u00e9graphie de George Balanchine.<i> <\/i>Les danseurs joyeux en robes de toutes les couleurs de l\u2019arc-en-ciel, viennent par deux, par trois, nous mettre en sc\u00e8ne une histoire romantique qui tourne mal. L\u2019\u00e9toile de cette danse, v\u00eatue en blanc se voit capt\u00e9e par une figure sombre qui appara\u00eet du fond du sc\u00e8ne et qui l\u2019am\u00e8ne petit \u00e0 petit dans son monde noir. Le d\u00e9cor est simple, un fin rideau cache \u00e0 peine le malheur qui arrive et nous montrer que cette histoire ne sera pas aussi gai que l\u2019on ne croit.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s l\u2019entracte on part au bord de la mer pour <i>En Sol<\/i> de Jerome Robbins avec des danseurs en tenues blanches ou ray\u00e9es de couleurs douces. On a clairement chang\u00e9 de style, cette performance est lumineuse et l\u00e9g\u00e8re, les mouvements vifs du corps de ballets sont en contraste avec l\u2019\u00e9motion et la grace du duo qui semble parfois \u00eatre dans un monde \u00e0 eux seuls. Plus simples en termes de tenues et de d\u00e9cor que les deux autres danses mais un moment de pur bonheur.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">Cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra National de Paris, un <i>Bol\u00e9ro <\/i>de Sidi Larbi Cherkaoui\u00a0et Damien Jalet termine le spectacle. Les danseurs me semble incarner la pluie et ensuite la fum\u00e9e avant de se retirer de leurs longues robes en tulle pour se transformer en squelette. Une performance impressionnante \u00e0 voir, surtout gr\u00e2ce au large miroir install\u00e9e l\u00e9g\u00e8rement derni\u00e8re les danseurs. La musique donne un certain \u00e9l\u00e9ment magique mais ordonn\u00e9 comme si ces danseurs-squelettes se pr\u00e9paraient pour un macabre rituel dont on ne voit que le d\u00e9but. C\u2019est n\u2019est pas forc\u00e9ment ce qui est attendu pour cette musique mais apr\u00e8s l\u2019avoir vu, c\u2019est difficile d\u2019imaginer autre chose.<\/p>\n<p class=\"Standard\" style=\"text-align: justify;\">C\u2019est un v\u00e9ritable hommage au r\u00e9pertoire de Ravel et nous donnent un aper\u00e7u de la danse classique \u00e0 trois \u00e9poques diff\u00e9rentes. Les d\u00e9cors sont simples permettant de changer rapidement pendant l\u2019entracte mais avec une musique si captivante et des danses si vari\u00e9es, il n\u2019y a vraiment pas besoin d\u2019en faire plus.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Sophie Hind<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce spectacle tenu \u00e0 l\u2019op\u00e9ra Garnier pr\u00e9sente un large panorama des pratiques chor\u00e9graphiques des XXe et XXIe s, dans une m\u00e9ditation commune sur l\u2019\u0153uvre de Ravel. Ces trois pi\u00e8ces de quatre chor\u00e9graphes, bien que chronologiquement distinctes, ne cherchent pas \u00e0 mettre en \u00e9vidence un \u00e9ventuel progr\u00e8s, mais plut\u00f4t des inflexions, des nouveaut\u00e9s, des effets citationnels propres \u00e0 chaque interpr\u00e9tation. La premi\u00e8re pi\u00e8ce, <em>La Valse<\/em>, sur une chor\u00e9graphie de Balanchine (1951), implique d\u00e9j\u00e0 par la nature m\u00eame de la musique employ\u00e9e un certain acad\u00e9misme solidaire d\u2019une vision singuli\u00e8re des corps et de l\u2019espace : transgressant sans subvertir, les pas s\u2019harmonisent avec les trois temps de la valse, s\u2019accordant n\u00e9anmoins quelques libert\u00e9s, notamment dans l\u2019interpr\u00e9tation des duos, dont l\u2019enchev\u00eatrement po\u00e9tique des corps refl\u00e8te la compl\u00e9mentarit\u00e9. Tout geste dans\u00e9 tend ici \u00e0 mimer l\u2019expressivit\u00e9 et refl\u00e9ter un \u00e9tat d\u2019\u00e2me. <em>En sol<\/em>, chor\u00e9graphie par Robbins (1975) propose au contraire une nouvelle occupation de l\u2019espace, plus dissolue et moins sym\u00e9trique. Les gestes ne recherchent pas syst\u00e9matiquement l\u2019expressivit\u00e9, mais \u00e9galement l\u2019autonomie esth\u00e9tique, toujours dans une grande maitrise technique. Cette inflexion non conventionnelle de la pratique de la danse s\u2019incarne dans le choix des costumes, simples marini\u00e8res bleues et roses selon le sexe constatant avec les canoniques tutus de la <em>Valse<\/em>. Enfin le <em>Bol\u00e9ro <\/em>de Cherkaoui et Jalet (2013) propose une totale subversion de ce morceau, surement pour se pr\u00e9munir de tout effet citationnel trop voyant. L\u2019importance de la sc\u00e9nographie se fait singuli\u00e8rement saillante dans cette pi\u00e8ce o\u00f9 tout concourt \u00e0 la captation hypnotique de tous les sens du spectateur. La musique, par cet ostinato rappelant presque une danse traditionnelle, installe un tempo qui va crescendo dans une marche implacable. Cet \u00e9cho sonore o\u00f9 plusieurs m\u00e9lodies se superposent va de pair avec les faisceaux lumineux employ\u00e9s pour \u00e9clairer les danseurs, tant\u00f4t de cercles concentriques, tant\u00f4t de gr\u00e9sillements transitoires. A cette confusion optique s\u2019ajoute la pr\u00e9sente d\u2019un immense miroir diffractant permettant devoir simultan\u00e9ment et les danseurs de face et de dos. Cette vision panoramique des corps est rendue \u00e9galement davantage confuse par l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019identifier les danseurs, les costumes \u00e9tant non-genr\u00e9s. La ronde des corps anonymes forme un tout organique, ou chaque \u00e9l\u00e9ments pris individuellement participe de la gr\u00e2ce et de la vivacit\u00e9 de la pi\u00e8ce qui d\u00e9stabilisent le spectateur en d\u00e9routant les attentes qu\u2019il peut nourrir envers un ballet : le geste non dans\u00e9 par excellence, la chute, est pleinement int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 la chor\u00e9graphie, faisant directement \u00e9cho au <em>voguing<\/em>. Le continuum des corps traduit ainsi une parfaite symbiose entre musique, danse et sc\u00e9nographie, union instable et \u00e9quivoque dont la richesse r\u00e9side justement dans la polys\u00e9mie des interpr\u00e9tations que peuvent y investir le spectateur. La subversion semble se faire d\u2019autant plus grande que le cadre &#8211; l\u2019op\u00e9ra Garnier &#8211; fait figure d\u00e9positaire de l\u2019acad\u00e9misme en danse : cet \u00e9cart d\u00e9route, surprend, d\u00e9soriente le spectateur, favorablement, au regard de l\u2019enthousiasme partag\u00e9 par le public \u00e0 la fin de chaque pi\u00e8ce.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lukas Lichou<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Op\u00e9ra de Paris propose, du 02 au 27 mai, un ballet en triptyque sur trois \u0153uvres de Ravel chor\u00e9graphi\u00e9es et mises en sc\u00e8ne par des artistes diff\u00e9rents. Est pr\u00e9sent\u00e9e d\u2019abord la chor\u00e9graphie de G. Balanchine de 1951 sur deux valses, puis celle de J. Robbins sur un concerto pour piano et orchestre en sol majeur (1975) et enfin celle de D. Jalet et S. L. Cherkaoui sur le fameux <em>Bol\u00e9ro <\/em>de Ravel (2013). La repr\u00e9sentation successive de ces trois chor\u00e9graphies permet d\u2019une certaine mani\u00e8re au spectateur de comprendre l\u2019\u00e9volution de la danse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re partie est tr\u00e8s conventionnelle\u00a0: les costumes sont des tutus longs et tr\u00e8s l\u00e9gers qui r\u00e9v\u00e8lent un cama\u00efeu d\u2019oranges quand ils tournent, une narration est mise en sc\u00e8ne (la rencontre entre un homme et une femme, puis l\u2019irruption d\u2019un m\u00e9chant qui m\u00e8ne \u00e0 la mort de la femme), les d\u00e9cors sont sobres et sombres, les mouvements correspondent \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019on peut se faire de la danse classique. Cette repr\u00e9sentation est tr\u00e8s intense notamment gr\u00e2ce \u00e0 plusieurs variations rythmiques. La sc\u00e8ne finale de la mort de la protagoniste atteint vraiment un pic d\u2019intensit\u00e9, soutenu par le rythme ent\u00eatant et fort de la musique, accentu\u00e9 par l\u2019orchestre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me partie d\u00e9tonne un peu plus avec un d\u00e9cor et des costumes assez kitsch qui font penser \u00e0 une station baln\u00e9aire des ann\u00e9es 1920 (fond bleu clair avec un soleil et des vagues stylis\u00e9es, justaucorps et jupes courtes \u00e0 rayures bleu ciel, vert pomme et rose clair). Le contraste est fort avec la sc\u00e9nographie pr\u00e9c\u00e9dente (et avec le d\u00e9cor m\u00eame de l\u2019op\u00e9ra Garnier) mais le tout fonctionne tr\u00e8s bien et s\u2019accorde bien avec le dynamisme des danseurs et du concerto. Les mouvements sont joyeux et \u00e9nergiques et les danseurs font beaucoup de mouvements de hanches, ce qui est d\u2019abord surprenant mais colle bien avec l\u2019ambiance g\u00e9n\u00e9rale. La narration est tr\u00e8s r\u00e9duite mais le moment de la rencontre entre les deux protagonistes est tr\u00e8s intense, elle est accompagn\u00e9e seulement par le piano et les pointes de la danseuse semble \u00eatre en symbiose avec les doigts du pianiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La partie finale \u00e9tait contemporaine et surprenante mais surtout tr\u00e8s r\u00e9ussie. Aucune narration ici mais un crescendo obs\u00e9dant dans la musique qui se retrouve sur sc\u00e8ne avec des lumi\u00e8res presque hypnotique. On retrouve ici la marque de l\u2019artiste Marina Abramovic, charg\u00e9e de la sc\u00e9nographie. Cette partie \u00e9tait plac\u00e9e sous le signe de la m\u00e9tamorphose\u00a0: les danseurs entraient en sc\u00e8ne v\u00eatus de longs manteaux noirs sur un rythme sommaire puis laissaient tomber les manteaux pour d\u00e9couvrir de tr\u00e8s belles robes beiges, transparentes et l\u00e9g\u00e8res qui disparaissaient \u00e0 leur tour pour des justaucorps portant les os du squelette en broderies. Tous les changements de costume sont faits sur sc\u00e8ne ce qui souligne cette impression de m\u00e9tamorphose. Danseurs et danseuses partagent les m\u00eames costumes ce qui rend difficile la diff\u00e9renciation des sexes, qui n\u2019a finalement aucune importance dans cette mise en sc\u00e8ne (contrairement aux autres). Les danseurs sont aussi mis en valeur par un grand miroir plac\u00e9 en hauteur et en diagonal, ce qui permet au spectateur de voir la danse d\u2019en haut et ce qui accentue l\u2019impression de vertige et de tournoiement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce triple spectacle puise son int\u00e9r\u00eat dans les contrastes entre chaque chor\u00e9graphie. La musique de Ravel sert de ligne directrice et elle est tr\u00e8s bien mise en valeur par l\u2019orchestre dirig\u00e9 par Maxime Pascal. Entre le bal tragique de Balanchine, la quasi com\u00e9die musicale de Robbins et le <em>Bol\u00e9ro <\/em>vertigineux de Jalet et Cherkaoui, le spectateur est transport\u00e9, surpris et \u00e9mu.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Claude Piccolin<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois interpr\u00e9tations chor\u00e9graphi\u00e9es de trois chefs d\u2019\u0153uvre de Maurice Ravel\u00a0; trois univers diff\u00e9rents pour trois voyages \u00e0 travers la musique et la danse\u00a0; trois mises en sc\u00e8ne exaltantes pour trois excursions enivrantes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le spectacle commence avec <em>La Valse<\/em>, chor\u00e9graphi\u00e9e par George Balanchine en 1951. Le rideau s&rsquo;ouvre sur trois danseuses aux costumes color\u00e9s cr\u00e9\u00e9s par Barbara Karinska. Elles livrent sur sc\u00e8ne une adaptation pleine de couleurs, printani\u00e8re et fid\u00e8le aux attentes du spectateur amateur de danse classique. Un tourbillon de tulle virevoltant au rythme de la musique de Ravel jou\u00e9e par l&rsquo;orchestre de l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris et dirig\u00e9e par Maxime Pascal, jeune chef d&rsquo;orchestre passionn\u00e9 et enthousiaste.\u00a0 Les diff\u00e9rentes valses s\u2019encha\u00eenent mais ne se ressemblent pas, puis s&rsquo;ach\u00e8vent avec vingt quatre danseurs occupant toute la sc\u00e8ne comme une salle de bal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s vingt minutes d&rsquo;entracte, c&rsquo;est <em>En Sol<\/em>, chor\u00e9graphi\u00e9 par J\u00e9r\u00f4me Robbins qui inonde la salle de soleil et d&rsquo;une atmosph\u00e8re estivale. Dessin\u00e9s par le c\u00e9l\u00e8bre Ert\u00e9, le d\u00e9cor \u00e9voque des vacances au bord de la mer et les costumes des maillots de bain des ann\u00e9es 1950. Plus libre, plus joyeuse, c&rsquo;est la danse qui semble transporter la musique et les musiciens dans un nouvel espace-temps. Les danseurs, moins nombreux, emm\u00e8nent le spectateur dans une dimension plus intime, plus famili\u00e8re que <em>La Valse<\/em>, gr\u00e2ce \u00e0 une chor\u00e9graphie rappelant des exercices et des entra\u00eenements sportifs, comme un cours individuel avec un coach. D&rsquo;apparence plus brusque et saccad\u00e9e, la danse demeure gracieuse et captivante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un nouvel entracte d&rsquo;une vingtaine de minutes accueille l&rsquo;attente du final\u00a0: le c\u00e9l\u00e8bre <em>Bol\u00e9ro<\/em>, une des derni\u00e8res \u0153uvres de Maurice Ravel. Il offre avec une \u00e9nergie grandissante, un crescendo sonore d&rsquo;une m\u00e9lodie uniforme r\u00e9p\u00e9t\u00e9e environ neuf fois. Il existe plusieurs chor\u00e9graphies du <em>Bol\u00e9ro<\/em>, celle pr\u00e9sent\u00e9e par l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet. Un grand miroir est install\u00e9, pench\u00e9 au dessus de la sc\u00e8ne, refl\u00e9tant les danseurs et les effets techniques de la sc\u00e8ne. Des ondes se dessinent sur le sol, comme si les danseurs se mouvaient dans de l&rsquo;eau ou sous une pluie battante. Les costumes, par Riccardo Tisci, sont identiques pour les danseuses et pour les danseurs. Ils sont surprenants. D&rsquo;abord cach\u00e9s sous une grande cape noire, les danseurs d\u00e9voilent ensuite en costume blanc, symbolisant un squelette et entour\u00e9 de tulle blanc. Ce n&rsquo;est pas le danseur qui importe mais le corps, ses mouvements, ind\u00e9pendamment du genre et de ses normes soci\u00e9tales.\u00a0 Les gestes semblent, dans un premier temps, d\u00e9sordonn\u00e9s, douze corps flottants, perdus, \u00e9gar\u00e9s sur une sc\u00e8ne d&rsquo;Op\u00e9ra. Il faut quelque temps au spectateur, habitu\u00e9 \u00e0 des mises en sc\u00e8ne et danses plus classiques avec les deux pr\u00e9c\u00e9dents ballets, pour apprivoiser cette \u00e9trange chor\u00e9graphie. Il se laisse cependant emporter par la musique stimulante du <em>Bol\u00e9ro<\/em>, dirig\u00e9e par un chef d&rsquo;orchestre d\u00e9bordant d&rsquo;\u00e9nergie et transport\u00e9 par le chef d\u2019\u0153uvre de Ravel.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Aline Pin\u00e7on<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019agit de trois grandes miniatures des chor\u00e9graphes George Balanchine, Jerome Robbins, Sidi Larbi Cherkaoui et Damien Jalet, dont le fil conducteur est la musique de Ravel. Depuis <em>Les valses nobles et sentimentales<\/em> au c\u00e9l\u00e8bre <em>Bol\u00e9ro<\/em>. Un ballet qui nous offre une autre vision des \u0153uvres incontournables du compositeur. On d\u00e9couvre un <em>Bol\u00e9ro<\/em> et des valses \u00e0 la fois sombres et myst\u00e9rieux, et un <em>Concerto en sol<\/em> p\u00e9tillant et tendre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La Valse<\/em> chor\u00e9graphi\u00e9e par Balanchine en 1951 explore toutes les richesses des pi\u00e8ces de Ravel. Les danseurs se relayent dans les <em>Valses nobles et sentimentales<\/em>, montrant une succession de prouesses techniques. Dans <em>La Valse<\/em>, Doroth\u00e9e Gilbert se laisse s\u00e9duire et la mort finit par triompher. Une ambiance myst\u00e9rieuse et inqui\u00e9tante r\u00e8gne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Totalement \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, Jerome Robbins, qui reprend en 1975 le <em>Concerto en sol<\/em> de Ravel, nous livre une chor\u00e9graphie vitamin\u00e9e et rayonnante. Il y incorpore ses connaissances en com\u00e9die musicale que l\u2019on retrouve \u00e0 travers les expressions faciales des danseurs et leurs interactions entre eux. Cette pi\u00e8ce appara\u00eet comme un bol de fraicheur entre deux \u00e9v\u00e8nements s\u00e9rieux et sombres. Les costumes color\u00e9s et la sc\u00e9nographie de Ert\u00e9 nous plongent en bord de mer, dans un esprit maritime et baln\u00e9aire. Toute cette vitalit\u00e9 encadre une parenth\u00e8se de douceur\u00a0: un pas de deux tr\u00e8s po\u00e9tique sur une interpr\u00e9tation sensible de l\u2019<em>Adagio assai <\/em>par le pianiste fran\u00e7ais Emmanuel Strosser. On appr\u00e9cie la d\u00e9licatesse des deux danseurs Myriam Ould Braham et Mathias Heymann.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La repr\u00e9sentation s\u2019ach\u00e8ve avec le c\u00e9l\u00e8bre <em>Bol\u00e9ro<\/em>. Dans ce ballet cr\u00e9\u00e9 en mai 2013, au Palais Garnier par la compagnie de l\u2019Op\u00e9ra de Paris, Cherkaoui et Jalet renouvellent l\u2019une des \u0153uvres classiques les plus jou\u00e9es dans le monde. On applaudit \u00e9galement l&rsquo;installation hypnotisante de l\u2019artiste Marina Abramovi\u0107 qui vient souligner l\u2019ostinato obsessionnel de la caisse claire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On regrette tout de m\u00eame que les pi\u00e8ces ne s&rsquo;encha\u00eenent pas dans une id\u00e9e d&rsquo;unit\u00e9. Chacune \u00e9tant entrecoup\u00e9e par des entractes dont la dur\u00e9e est quasiment identique \u00e0 celle de chaque pi\u00e8ce.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Jessica Sok<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois ballets : <em>La Valse<\/em> par Balanchine, <em>En Sol<\/em> par Robbins, <em>Bol\u00e9ro<\/em> par Cherkaoui et Jallet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Trois interpr\u00e9tations contemporaines qui s\u2019encha\u00eenent bien : les chor\u00e9graphies et les sc\u00e9nographies sont de plus en plus modernes et intenses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>LA VALSE<\/em> est rythm\u00e9e et dynamique. Elle est compos\u00e9e de trois parties qui encha\u00eenent solo, duo, trio, quartet et plus. Une sc\u00e9nographie sobre mais compens\u00e9e par une chor\u00e9graphie qui int\u00e8gre bien l&rsquo;espace. Le ballet commence avec trois danseuses puis un duo et un quartet. La deuxi\u00e8me partie est un duo femme\/homme qui symbolise la rencontre. Pour le final, tous les danseurs sont sur sc\u00e8ne. Le dynamisme de la chor\u00e9graphie nous emporte jusqu&rsquo;\u00e0 la fin. Le rideau se ferme alors que les danseurs sont encore en entrain de danser. Le ballet se termine au sommet de son intensit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>EN SOL<\/em> est un ballet compos\u00e9 d&rsquo;une partie en trois temps. Si la chor\u00e9graphie est dynamique et joyeuse, ce sont les costumes, des maillots de bains qui font penser aux ann\u00e9es 1930, qui donnent une touche de modernit\u00e9 au ballet. Le duo est le temps fort de ce ballet. \u00c0 deux, ils s&rsquo;accaparent la sc\u00e8ne pour nous offrir une repr\u00e9sentation \u00e9nergique et harmonieuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00a0<\/em><em>BOL\u00c9RO<\/em> est s\u00fbrement l&rsquo;interpr\u00e9tation la plus contemporaine; de la chor\u00e9graphie \u00e0 la sc\u00e9nographie en passant par le costume.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le ballet commence et se termine par un signe de complicit\u00e9 entre une danseuse et le chef d&rsquo;orchestre. Puis les danseurs envahissent l&rsquo;espace et nous emportent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au rythme du bol\u00e9ro de Ravel, la chor\u00e9graphie devient de plus en plus soutenue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les costumes, ou plut\u00f4t le costume car il est le m\u00eame pour tous les danseurs (une combinaison couleur chair avec les os du corps en blanc et une robe en voile l\u00e9ger), nous emp\u00eachent de distinguer les femmes des hommes. Il y a des duos homme\/femme, femmes et hommes. Un habile clin d\u2019\u0153il \u00e0 la question du genre peut-\u00eatre. Les danseurs encha\u00eenent les mouvements, au rythme de la musique, dans une harmonie parfaite. Toute l&rsquo;intensit\u00e9 de la chor\u00e9graphie passe par le corps. Les mouvements et les acrobaties sont un m\u00e9lange de danse classique et de danse contemporaine.\u00a0 Les effets de lumi\u00e8res donnent au ballet une r\u00e9elle consistance. La sc\u00e9nographie et la chor\u00e9graphie s&rsquo;entrem\u00ealent \u00e0 merveille. Le miroir et le jeux des lumi\u00e8res sont aussi essentiels que la chor\u00e9graphie. Ce ballet ferait presque penser \u00e0 certaines \u0153uvres \u00e9ph\u00e9m\u00e8res de plasticiens de notre \u00e9poque tellement le corps et le mouvement sont mis en avant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une salle presque comble et combl\u00e9e de part la longueur des applaudissements et les \u00ab\u00a0bravos\u00a0\u00bb l\u00e2ch\u00e9s ici et l\u00e0!<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Manon Stanguennec<\/h6>\n<pre style=\"text-align: justify;\">Photo : Enric Montes<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Ballet | Op\u00e9ra national de Paris | En savoir plus Balanchine, Robbins, Cherkaoui-Jalet, c\u2019est en trois temps que les compositions de Maurice Ravel sont mises \u00e0 l\u2019honneur jusqu\u2019au 27 mai 2017 \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Garnier. \u00a0Une programmation surprenante de par la diff\u00e9rence des styles, des mises [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":9264,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,2,3],"tags":[],"class_list":["post-9340","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-ballet","category-opera-national-de-paris"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9340","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9340"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9340\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9340"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9340"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9340"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}