{"id":938,"date":"2016-12-17T20:00:59","date_gmt":"2016-12-17T19:00:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/chroniques\/?p=938"},"modified":"2016-12-17T20:00:59","modified_gmt":"2016-12-17T19:00:59","slug":"jiri-kylian","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=938","title":{"rendered":"Ji\u0159\u00ed Kyli\u00e1n"},"content":{"rendered":"<p>Ballet | Op\u00e9ra national de Paris | <a href=\"https:\/\/www.operadeparis.fr\/saison-16-17\/ballet\/le-lac-des-cygnes\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le dernier spectacle au Palais Garnier en 2016 met \u00e0 l\u2019honneur le chor\u00e9graphe tch\u00e8que Ji\u0159\u00ed Kyli\u00e1n. Le Ballet de l\u2019Op\u00e9ra de Paris pr\u00e9sente trois de ses ballets\u00a0: <em>Bella Figura, Tar and feathers <\/em>et <em>Synphonie de psaumes<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au r\u00e9pertoire du Ballet de l\u2019Op\u00e9ra depuis 2001, <em>Bella figura<\/em> a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1995 pour le Nederlands Dans Theater (NDT). Avec cette cr\u00e9ation le chor\u00e9graphe s\u2019interroge\u00a0: o\u00f9 commence le spectacle\u00a0? Pendant que les spectateurs arrivent et prennent place, des danseurs arrivent sur sc\u00e8ne et r\u00e9p\u00e8tent des pas du ballet\u00a0; quand la salle est pleine, tous simplement ils enl\u00e8vent les derniers pulls, la lumi\u00e8re s\u2019\u00e9teint, et le spectacle commence (ou continue\u00a0?). C\u2019est une cr\u00e9ation r\u00e9guli\u00e8rement interpr\u00e9t\u00e9e\u00a0: la danse alterne des pas de f\u00e9lins \u00e0 des mouvements d\u2019automate d\u00e9sarticul\u00e9, la sc\u00e9nographie mod\u00e8le le cadre tout au long du ballet avec les mouvements des rideaux de velours. Le tout sur des musiques de Foss, Pergolese, Marcello, Vivaldi et Torelli.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <em>Tar and feathers<\/em> (2006), entr\u00e9e au r\u00e9pertoire en 2016, la pianiste Tomoko Mukaiyama joue un piano aux pieds d\u00e9mesur\u00e9s, perch\u00e9e \u00e0 plusieurs m\u00e8tres du sol. Mozart c\u00f4toie la composition de Dirk Haubrich et l\u2019improvisation live de Mukaiyama. Le ballet alterne pesanteur et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9\u00a0; le noir s\u2019oppose au blanc, la lumi\u00e8re \u00e0 l\u2019obscurantisme\u00a0; les danseurs nous rappellent un monde animalier, entre le Goudron et les Plumes du titre et ils semblent la r\u00e9sistance de l\u2019air et leur pesanteur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Atmosph\u00e8re solennelle pour la <em>Symphonie des psaumes <\/em>(1978), titre tir\u00e9 de la musique de Stravinsky. La soir\u00e9e se cl\u00f4t avec cette cr\u00e9ation compos\u00e9e peu apr\u00e8s son arriv\u00e9e au NDT et devenu un pilier de la compagnie\u00a0: des chaises d\u2019\u00e9glise et un rideau de tapis d\u00e9limitent l\u2019espace que les danseurs, privil\u00e8ge des grands ensemble (16 danseurs), traversent par vagues, bras lanc\u00e9s en avant. La rigidit\u00e9 de la sc\u00e9nographie contraste avec la fluidit\u00e9 des costumes. Ici aussi, il s\u2019agit d\u2019une entr\u00e9e au r\u00e9pertoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le parcours propos\u00e9 ce soir montre des facettes diff\u00e9rentes du chor\u00e9graphe entre classique et contemporain.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Monica Mele<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Bella Figura<\/em> (1975)<br \/>\nLe rideau se ferme. Sur fond de musique baroque, une danseuse le traverse alors. Buste nu, elle s\u2019enroule d\u00e9licatement dans l\u2019\u00e9pais tissu. Son mouvement semble mimer l\u2019\u00e9closion d\u2019une fleur. Para\u00eet ensuite un groupe de danseurs, \u00e0 demi nu eux aussi, v\u00eatus de jupes rouges. Leur mouvement rappelle celui des derviches tourneurs. La danse se fait m\u00e9ditation.<br \/>\nLe nom du ballet, <em>Bella Figura<\/em>, \u00e9voque \u00e0 la fois la gr\u00e2ce d\u2019un beau visage et le devoir de \u00ab faire bonne figure \u00bb. La pi\u00e8ce est alors une r\u00e9flexion sur les masques et le d\u00e9voilement de soi. Le feu pr\u00e9sent en arri\u00e8re-plan pourrait \u00e9voquer la Caverne de Platon . Les danseurs seraient alors les ombres qui dansent sur les murs d\u2019un monde o\u00f9 tout n\u2019est qu\u2019illusion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Tar and Feathers<\/em> (2006)<br \/>\nLe rideau s\u2019ouvre et laisse place \u00e0 la pianiste japonaise Tomoko Mukaiyama qui domine la sc\u00e8ne perch\u00e9e \u00e0 plusieurs m\u00e8tres avec son piano. Elle entame alors le <em>Concerto n\u00b09<\/em> de Mozart et le d\u00e9forme au point d\u2019en faire une nouvelle composition. La couleur a disparu, d\u00e9cors et costumes sont noir et blanc. Un danseur est allong\u00e9, pieds ballants dans la fosse. Il semble se faire symbole de l\u2019exclusion de l\u2019individu par le groupe. Les rapports des autres danseurs sont \u00e9galement violents et les duos se font tr\u00e8s vite duels. Ils s\u2019affrontent sur fond de grognements de f\u00e9lin qui fait ressortir toute l\u2019animalit\u00e9 de leur lutte. R\u00e9sonne alors le po\u00e8me de Samuel Beckett \u00ab What is a word ? \u00bb qui \u00e9voque l\u2019\u00e9chec de la parole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Symphonie de Psaumes<\/em> (1978)<br \/>\nLa pi\u00e8ce s\u2019ouvre avec l\u2019apparition d\u2019une cinquantaine de tapis orientaux en toile de fond. Port\u00e9s par la <em>Symphonie de Psaumes<\/em> de Stravinsky, 16 danseurs enchainent des mouvements collectifs. Bras tendus, ils paraissent rendre un culte religieux. Au milieu de ce groupe se forment des duos. Les corps s\u2019entrelacent dans un espace clos par les prie-Dieu comme pour marquer la victoire de l\u2019amour sur la religion. A la fin du chant, les tapis orientaux disparaissent et laissent la sc\u00e8ne ouverte vers un nouvel espace que les hommes rejoignent en silence.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Romane Morichon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s la premi\u00e8re partie, <em>Bella Figura<\/em>, l\u2019ensemble frappe par sa beaut\u00e9 et sa simplicit\u00e9, sa puret\u00e9 d\u2019\u00e9motion. Sur la musique du <em>Stabat Mater<\/em> de Pergolese, trois danseurs, un homme et deux femmes, effectuent des mouvements simples et beaux sur la musique calme et solennelle. L\u2019homme alterne entre les deux femmes, les faisant tourner, les portant parfois, tandis que celle laiss\u00e9e de c\u00f4t\u00e9 accorde ses mouvements \u00e0 ceux du couple. Leur danse \u00e9tonne par leur puret\u00e9 et par le fait qu\u2019on peut y retrouver quelques \u00e9l\u00e9ments de danse classique.<br \/>\nPuis, sur un adagio extrait du <em>Concerto pour hautbois et cordes en r\u00e9 mineur <\/em>d\u2019Alessandro Marcello, l\u2019atmosph\u00e8re devient un peu plus agit\u00e9e. Les danseurs ressemblent \u00e0 des pantins d\u00e9sarticul\u00e9s et leurs mouvements deviennent l\u00e9g\u00e8rement saccad\u00e9s, moins souples et l\u00e9gers qu\u2019auparavant. Puis, ce concerto c\u00e9de la place \u00e0 deux autres extraits et \u00e0 une autre atmosph\u00e8re, hautement symbolique. Sur le magnifique <em>Concerto pour deux mandolines et cordes <\/em>de Vivaldi et le <em>Concerto grosso n\u00b06<\/em> de Giuseppe Torelli, soudain le nombre de danseurs double. Ils sont maintenant v\u00eatus de jupes rouges \u00e0 crinoline et de hauts beiges donnant l\u2019impression d\u2019une peau nue.<br \/>\nJe m\u2019interrogeai beaucoup sur la signification de ce costume. Rapport \u00e0 la femme, \u00e9mancipation avec la robe qui semblait sans haut\u00a0? Sang avec la couleur de la jupe\u00a0? Les danseurs, portant le m\u00eame costume aussi bien hommes que femmes, dansaient le plus souvent en ligne \u00e0 ce moment-l\u00e0, rappelant justement la danse de l\u2019\u00e9poque correspondant \u00e0 ces robes.<br \/>\nUn feu br\u00fble au fond de la sc\u00e8ne, comme pour rappeler l\u2019id\u00e9e d\u2019un sacrifice peut-\u00eatre, id\u00e9e renforc\u00e9e par l\u2019\u00e9carlate des robes. Deux danseuses, toujours v\u00eatues du m\u00eame costume, semblent effectuer une sorte de c\u00e9r\u00e9monial, s\u2019accrochant aux rideaux de la sc\u00e8ne, de la m\u00eame couleur que leurs jupes, et se laissant tomber de fa\u00e7on langoureuse le long de leurs pans\u00a0; et recommen\u00e7ant ce geste jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre de nouveau rejointes par les autres participants. Puis, pour la fin de cet \u00ab\u00a0acte\u00a0\u00bb, les voix du <em>Stabat Mater<\/em> de Pergolese r\u00e9sonnent \u00e0 nouveau et les danseurs semblent retourner \u00e0 leur calme initial, leur danse revenant \u00e0 sa lenteur et apparente douceur, mais semblant d\u00e9j\u00e0 teint\u00e9e de ce par quoi ils sontt pass\u00e9s dans ce premier acte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La deuxi\u00e8me partie, <em>Tar and Feathers<\/em>, estt compl\u00e8tement diff\u00e9rente et encore plus \u00e9clectique. La partie sonore en elle-m\u00eame aurait m\u00e9rit\u00e9 une place \u00e0 part enti\u00e8re\u00a0; d\u2019ailleurs, le chor\u00e9graphe semble l\u2019avoir bien compris et une place importante est laiss\u00e9e aux interpr\u00e8tes. En effet, un peu en arri\u00e8re de la sc\u00e8ne, la pianiste devant jouer le <em>Concerto n\u00b09<\/em> pour piano de Mozart est assise sur un tabouret d\u2019environ cinq m\u00e8tres de haut, en face de son piano. En plus de cela, on peut entendre des rugissements et des phrases \u00e0 la signification assez obscure. Les danseurs sont en noir, et au d\u00e9but de l\u2019acte un danseur est allong\u00e9 seul au bord de la sc\u00e8ne, les pieds pendant dans la fosse des musiciens. Il y a aussi un groupe d\u2019hommes en blanc sur le c\u00f4t\u00e9 droit de la sc\u00e8ne, dansant comme pour illustrer les rugissements qui \u00e9clatent au milieu des notes de piano. Finalement, comme une sym\u00e9trie afin de conclure l\u2019acte, l\u2019homme au bord de la sc\u00e8ne est remplac\u00e9 par une femme qui vient s\u2019allonger exactement dans la m\u00eame position.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour finir cette pi\u00e8ce en apoth\u00e9ose, Stravinsky, avec la <em>Symphonie de Psaumes<\/em>, d\u2019o\u00f9 le titre \u00e9ponyme de cette troisi\u00e8me partie. Le d\u00e9cor a encore chang\u00e9. Cette fois-ci, un accent est mis sur le mur du fond avec des tapis accroch\u00e9s se chevauchant les uns les autres. Il y a \u00e9galement quatre prie-Dieu align\u00e9s face au public. Au d\u00e9but, la danse un peu brutale, rapide et nerveuse, fait justement penser au ballet du <em>Sacre du Printemps<\/em>. Les danseurs sautent en rythme, la chor\u00e9graphie semble un peu plus d\u00e9sordonn\u00e9e, organique. Puis, cette agitation laisse place \u00e0 plus de calme et les danseurs dansent en couple et finissent par s\u2019allonger c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, par deux. Finalement, ils se rel\u00e8vent, dansent seuls tour \u00e0 tour puis finissent par tous marcher \u00e0 l\u2019unisson vers le fond de la salle. La musique se termine et nous restons avec la vision de leurs silhouettes dans l\u2019ombre et des prie-Dieu baign\u00e9s par une lumi\u00e8re venant du plafond, ou peut-\u00eatre du ciel\u00a0? La pi\u00e8ce se termine sur des paroles philosophiques dont il est encore une fois difficile de saisir le sens\u00a0; mais cela n\u2019a pas d\u2019importance et ne fait que contribuer \u00e0 renforcer mon sentiment de questionnement mais aussi de pl\u00e9nitude face \u00e0 la v\u00e9ritable \u0153uvre d\u2019art qui vient de se terminer devant mes yeux.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Lola Niedermayer<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le travail de Ji\u0159\u00ed Kyli\u00e1n, hautement salu\u00e9 dans le milieu de la danse depuis des d\u00e9cennies, est une valeur s\u00fbre du paysage artistique contemporain. Au milieu de son itin\u00e9rance des corps d\u00e9cloisonn\u00e9s, le surdou\u00e9 tch\u00e8que a accept\u00e9 de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019invitation du Palais Garnier en concoctant un spectacle triptyque.<br \/>\nAu programme\u00a0: <em>Bella Figura<\/em> (1995), <em>Tar and Feathers<\/em>\u00a0(2006, qui entre au r\u00e9pertoire) et <em>Symphony of psalms,<\/em>\u00a0d&rsquo;apr\u00e8s Stravinsky, pi\u00e8ce de jeunesse (1978).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019atmosph\u00e8re survolt\u00e9e qui pr\u00e9c\u00e8de le d\u00e9but de la soir\u00e9e, les danseurs de la troupe de l\u2019Op\u00e9ra de Paris qui interpr\u00e9teront les pi\u00e8ces dessinent, du plomb de leurs silhouettes nimb\u00e9es en lumi\u00e8re blanche, des mouvements d\u2019exercice. Pr\u00e9sence imm\u00e9diate aux spectateurs, la gr\u00e2ce de l\u2019entra\u00eenement et de la r\u00e9p\u00e9tition du mouvement est mise \u00e0 nu. Les corps ne cessent d\u2019occuper l\u2019espace et d\u2019offrir \u00e0 l\u2019\u0153il le flamboyant de leur production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le rideau tombe et nous d\u00e9robe \u00e0 la ritournelle des entra\u00eenements. Une t\u00eate perce alors dans le pourpre, puis un buste de femme nu. L\u2019impression des c\u00f4tes sur la transparence de la peau soulign\u00e9e par l\u2019\u00e9clairage direct r\u00e9v\u00e8le un corps animal plus que social. En m\u00eame temps, un assemblage de deux danseurs se forme dans un devenir-animal saisissant. Les membres m\u00eal\u00e9s sublim\u00e9s par les jeux d\u2019ombre cr\u00e9ent tant\u00f4t l\u2019araign\u00e9e cauchemardesque, tant\u00f4t le centip\u00e8de d\u2019enfer \u2013 bestioles des abysses. La question des m\u00e9tamorphoses corporelles qui est port\u00e9e \u00e9vacue les tissus sociaux genr\u00e9s, conventionnels, \u00e9tablis et mixe les danses aussi bien que les membres lorsqu\u2019ils s\u2019unissent. Des couples se proposent et virevoltent dans des \u00e9treintes de c\u00e9l\u00e9bration des membres. Po\u00e9sie de libert\u00e9\u00a0; asymptote de l\u2019\u00e9vanescence. Sublime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour <em>Tar and Feathers<\/em>, un piano aux pieds g\u00e9ants se campe au fond du plateau projet\u00e9 \u00e0 plus de deux m\u00e8tres de hauteur, avec sa pianiste, Tomoko Mukaiyama, sur une plateforme \u00e0 laquelle un si\u00e8ge est attach\u00e9. Au gr\u00e9 de ses improvisations, le plateau, qui est s\u00e9par\u00e9 in\u00e9galement entre une partie noire et une partie blanche, permet l\u2019organisation d\u2019une mim\u00e9tique des danseurs de chaque bord. Celle-interroge sur la transmission, sur l\u2019\u00e9ducation, sur la libert\u00e9 et l\u2019autonomie. L\u00e0 aussi les styles chor\u00e9graphiques sont m\u00eal\u00e9s pour offrir avec un sensible particulier une proximit\u00e9 aux corps nouvelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin, le tout se termine sur <em>Symphony of psalms<\/em>. Se d\u00e9roule sous le regard des spectateurs une lutte contre le conformisme et les imp\u00e9ratifs de la religion. Les couples tentent de s\u2019abstraire des carcans dans lesquels ils \u00e9voluent tout en les renfor\u00e7ant. Le rang s\u2019autoproduit comme il g\u00e9n\u00e8re la dissidence. Laquelle gangr\u00e8ne l\u2019ensemble des figurants dans un \u00e9lan libertaire destructeurs autant que constructeur. L\u2019idiosyncrasie des courants chor\u00e9graphiques frappe ici encore par sa justesse.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Gabriel Regef<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ji\u0159\u00ed Kyli\u00e1n, danseur et chor\u00e9graphe Tch\u00e8que qui s\u2019inscrit dans le sillon de la danse contemporaine, d\u00e9finit son art ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne cherche pas \u00e0 cr\u00e9er un style. Le corps est si riche qu\u2019il ne peut \u00eatre cloisonn\u00e9.\u00a0\u00bb. Entre classique et moderne, folklore et danses primitives, le chor\u00e9graphe cherche \u00e0 rapprocher l\u2019image de l\u2019\u00eatre humain au pr\u00e8s du public en exposant les mouvements fondamentaux du corps. Compos\u00e9 de trois grands temps\u00a0: <em>Bella Figura<\/em>, <em>Tar and Feathers<\/em>, <em>Symphonie de Psaumes<\/em>, le spectacle a \u00e9t\u00e9 au-del\u00e0 de mes attentes. La salle dans laquelle a eu lieu la repr\u00e9sentation \u00e9tait d\u2019une beaut\u00e9 et d\u2019une immensit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0: une grande sc\u00e8ne l\u2019occupait, un lustre, compos\u00e9 de cristaux, brillait de mille et une couleurs, sur le plafond figurait les peintures de diff\u00e9rents personnages et multiples figures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les danseurs et danseuses \u00e9taient d\u2019une sensibilit\u00e9 qui nous effleurait et qui provoquait des \u00e9motions en nous. Les \u0153uvres musicales douces \u00e0 l\u2019oreille, quelques fois grin\u00e7antes d\u2019humour, nous laissaient entrevoir notre monde et son absurdit\u00e9. Les trois pi\u00e8ces jou\u00e9es marquaient la splendeur de l\u2019art, cet art g\u00e9n\u00e9reux que Ji\u0159\u00ed Kyli\u00e1n partage avec son public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce spectacle a donc \u00e9t\u00e9 une agr\u00e9able exp\u00e9rience. C\u2019\u00e9tait pour moi la grande d\u00e9couverte car je ne connaissais pas cet artiste ni l\u2019art qu\u2019il exer\u00e7ait.\u00a0 C\u2019\u00e9tait aussi une occasion pour moi de d\u00e9couvrir la splendeur de l\u2019Op\u00e9ra Garnier, cet endroit magique qu\u2019on n\u2019a jamais envie de quitter.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Yasmine Selmi<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00ab\u00a0<\/em><em>Danser, c<\/em><em>\u2019est s\u2019interroger, aller au plus profond de soi\u00a0\u00bb<\/em>, disait la danseuse \u00e9toile et chor\u00e9graphe Marie-Claude Pietragalla. M\u00ealant vocabulaire de la danse classique et moderne, le travail de Ji\u0159\u00ed Kyli\u00e1n reprend cette id\u00e9e en associant la danse aux mouvements \u00e9l\u00e9mentaires du corps, \u00e0 ses \u00e9lans, \u00e0 ses pulsions. Invit\u00e9 par l\u2019Op\u00e9ra national de Paris, le chor\u00e9graphe tch\u00e8que pr\u00e9sente des \u0153uvres cl\u00e9s et charni\u00e8res de son parcours cr\u00e9atif. Au programme, trois ballets intimes, riches dans leurs contrastes et leur diversit\u00e9 et tous marqu\u00e9s par le style singulier de leur auteur qui compte \u00e0 son actif plus de 103 pi\u00e8ces, faisant de lui l\u2019un des artistes les plus prolifiques de la danse contemporaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ouvrir le bal, <em>Bella Figura<\/em>, de l\u2019italien \u00ab\u00a0belle figure\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0faire bonne figure\u00a0\u00bb. Un jeu de mots soulevant des questions simples et essentielles: qu\u2019est-ce que le beau, l\u2019esth\u00e9tisme du corps ? Quelle est sa place au sein de la soci\u00e9t\u00e9 et face \u00e0 autrui ? Entr\u00e9e il y a quinze ans au r\u00e9pertoire, elle met en sc\u00e8ne trois couples de solistes, accompagn\u00e9s par un ensemble de danseurs \u00e9voluant dans un d\u00e9cor minimaliste. Simplement \u00e9clair\u00e9s par la lueur d\u2019un feu ardent, symbolisant les \u00e9l\u00e9ments et la vive passion qui s\u2019empare parfois de nous, les danseurs, torses nus et uniquement v\u00eatus de jupes incandescentes de couleur rouge sang, laissent leurs corps se d\u00e9ployer sur les m\u00e9lodies de Pergolese et de Vivaldi, notamment \u00e0 travers cette sc\u00e8ne de miroir o\u00f9 Alice Revenand et La\u00ebtitia Pujol se font face, se d\u00e9shabillent et s\u2019observent, faisant ainsi \u00e9cho aux propos d\u2019Alain : \u00ab\u00a0<em>Dans la conversation ainsi que dans la danse, chacun est le miroir de l\u2019autre\u00a0\u00bb. <\/em>Kyli\u00e1n questionne \u00e9galement la sensualit\u00e9, un th\u00e8me servi par le dispositif sc\u00e9nique gr\u00e2ce \u00e0 un clair-obscur digne des compositions du Caravage : les figures en mouvement sont entour\u00e9es d\u2019un halo lumineux, tandis que le reste de la sc\u00e8ne est plong\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9. Un travail minutieux entre lumi\u00e8res et t\u00e9n\u00e8bres qui questionne les codes et les pressions de la soci\u00e9t\u00e9 sur le corps, ainsi que la libert\u00e9 des mouvements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le second ballet, <em>Tar and Feathers<\/em>, l\u2019un des plus r\u00e9cents de Kyli\u00e1n, signifie \u00ab\u00a0le goudron et les plumes\u00a0\u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un ch\u00e2timent corporel remontant \u00e0 l\u2019\u00e9poque des Croisades. Ce titre a comme point de d\u00e9part l\u2019humiliation physique et morale. La sc\u00e9nographie, tout aussi minimaliste que la pr\u00e9c\u00e9dente, mais ici plus saisissante, presque lugubre, est marqu\u00e9e par un piano hiss\u00e9 \u00e0 plusieurs m\u00e8tres du sol, en haut duquel le <em>Concerto num\u00e9ro 9<\/em> de Mozart est jou\u00e9 par la pianiste japonaise Tomoko Mukaiyama. La voix de Samuel Beckett lisant son po\u00e8me <em>Comment dire ?<\/em> s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans la salle, profonde, \u00e2pre, tourment\u00e9e. Il y parle de son incapacit\u00e9 \u00e0 trouver des mots pour exprimer ce qui est essentiel, primordial. Kyli\u00e1n semble alors proposer un autre langage : la danse. Cette pi\u00e8ce est une v\u00e9ritable m\u00e9taphore de notre existence entre poids et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, inspir\u00e9 sans aucun doute de son compatriote Kundera. La pi\u00e8ce, rythm\u00e9e par les improvisations de Mukaiyama, \u00e9voque la violence des \u00e9motions du corps humain, illustr\u00e9e par des rugissements inattendus, tout aussi oppressants que lib\u00e9rateurs. On y retrouve le travail de Kyli\u00e1n sur le couple, \u00e0 son apog\u00e9e dans les prestations de Doroth\u00e9e Gilbert et Alessio Carbone. La pi\u00e8ce s\u2019ach\u00e8ve sur la danseuse Alice Revenand, nomm\u00e9e \u00e9toile en 2013, marchant \u00e0 pas de loup sur du papier-bulle qui \u00e9clate sous ses pieds, la faisant sursauter, l\u2019agressant. Une pi\u00e8ce unique en son genre et pour le moins intrigante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour clore la soir\u00e9e, Ji\u0159\u00ed Kyli\u00e1n a pr\u00e9sent\u00e9 au public une de ses pi\u00e8ces ma\u00eetresses, <em>Symphonie de psaumes<\/em>, dont la musique \u00e9ponyme influenc\u00e9e par des psaumes religieux de la liturgie orthodoxe est sign\u00e9e Stravinski. Ici, seize danseurs prennent possession de la sc\u00e8ne, la traversent, l\u2019explorent, dans une architecture millim\u00e9tr\u00e9e. Le fond de la sc\u00e8ne est enti\u00e8rement recouvert de tapis orientaux. Ce ballet, bien plus vif que les pr\u00e9c\u00e9dents, c\u00e9l\u00e8bre la libert\u00e9 et met en lumi\u00e8re des danseurs qui se rejoignent dans des duos,\u00a0trios ou quatuors, cisel\u00e9s, effr\u00e9n\u00e9s,\u00a0intenses, dans des \u00e9treintes aussi \u00e9ph\u00e9m\u00e8res que passionnelles qui\u00a0content l\u2019amour de la vie, comme une ode \u00e0 la libert\u00e9.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right;\">Maelys Sierotnik<\/h6>\n<pre>Photo : Ann Ray<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Ballet | Op\u00e9ra national de Paris | En savoir plus Le dernier spectacle au Palais Garnier en 2016 met \u00e0 l\u2019honneur le chor\u00e9graphe tch\u00e8que Ji\u0159\u00ed Kyli\u00e1n. Le Ballet de l\u2019Op\u00e9ra de Paris pr\u00e9sente trois de ses ballets\u00a0: Bella Figura, Tar and feathers et Synphonie de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":940,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,2,3],"tags":[],"class_list":["post-938","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-ballet","category-opera-national-de-paris"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/938","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=938"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/938\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=938"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=938"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=938"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}