{"id":9938,"date":"2017-10-03T20:00:50","date_gmt":"2017-10-03T18:00:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=9938"},"modified":"2017-10-03T20:00:50","modified_gmt":"2017-10-03T18:00:50","slug":"les-gens-dans-lenveloppe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=9938","title":{"rendered":"Les gens dans l&rsquo;enveloppe"},"content":{"rendered":"<p>Concert | Philhamonie de Paris | <a href=\"https:\/\/philharmoniedeparis.fr\/fr\/activite\/spectacle\/17815-alex-beaupain\">En savoir plus <\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Un vent de nostalgie a souffl\u00e9 sur la salle de concerts de la Cit\u00e9 de la musique pendant la repr\u00e9sentation \u00ab\u00a0Les gens dans l&rsquo;enveloppe\u00a0\u00bb, spectacle mis en sc\u00e8ne par Alex Beaupain d&rsquo;apr\u00e8s le livre d&rsquo;Isabelle Monnin, mardi 3 octobre 2017.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;\u00e9v\u00e8nement musico-litt\u00e9raire est une invitation dans un univers de photographies familiales. En 2012, Isabelle Monnin, \u00e9crivaine et journaliste, fait l&rsquo;acquisition d&rsquo;un lot de deux-cent-cinquante photos d\u00e9cadr\u00e9es d&rsquo;une famille qu\u2019elle ne connait pas. Apr\u00e8s douze mois, elle voit jaillir dans son esprit une id\u00e9e \u00e9minemment singuli\u00e8re\u00a0: raconter l&rsquo;histoire des gens dans l&rsquo;enveloppe, puis, une fois le roman achev\u00e9, essayer de les trouver. Elle cr\u00e9e ainsi une \u0153uvre hybride qui combine splendidement bien roman et enqu\u00eate de terrain. Son ami d&rsquo;enfance, Alex Beaupain, pose la cerise sur le g\u00e2teau en mettant en musique ce bijou litt\u00e9raire. L&rsquo;\u00e9criture romanci\u00e8re douce et po\u00e9tique d&rsquo;Isabelle Monnin se m\u00eale merveilleusement bien \u00e0 la musique authentique et \u00e9mouvante d&rsquo;Alex Beaupain, l&rsquo;un des plus talentueux auteurs-compositeurs-interpr\u00e8tes de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. Une exp\u00e9rience multi-sensorielle inoubliable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La famille du roman est une famille ordinaire \u00e0 qui manque la m\u00e8re. Sous la plume magique, Isabelle Monnin invente un jeune couple, Michelle et Serge, leur jeune fille, Laurence, et la grand-m\u00e8re, Simone. Pouss\u00e9e par un besoin insatiable de libert\u00e9, Michelle, n&rsquo;apparaissant jamais sur les photos achet\u00e9es, part en Argentine. Abandonn\u00e9, Serge \u00e9l\u00e8ve seul sa fille qui attend en vain \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du t\u00e9l\u00e9phone sans nouvelle de sa maman aim\u00e9e. Et puis, il y a encore la grand-m\u00e8re, quitt\u00e9e peu \u00e0 peu par ses forces, qui se pr\u00e9pare \u00e0 la mort. Le manque et de la souffrance sont au c\u0153ur de cette \u0153uvre \u00e9mouvante. Les photographies sont l&rsquo;illustration d&rsquo;une vie malgr\u00e9 tout.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La sc\u00e9nographie tr\u00e8s \u00e9pur\u00e9e repose uniquement sur la lumi\u00e8re\u00a0et sur les photographies affich\u00e9es \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan qui immergent le spectateur dans la nostalgie familiale. Le concert est jalonn\u00e9 de certains extraits du livre, d&rsquo;entretiens r\u00e9alis\u00e9s avec les gens de l&rsquo;enveloppe et de chansons bouleversantes. Trois com\u00e9diennes-chanteuses d&rsquo;exception donnent chacune corps et voix \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration diff\u00e9rente : Fran\u00e7oise Fabian (Simone), Clotilde Hesme (Michelle) et Clara Luciani (Laurence). Elles sont accompagn\u00e9es au piano par Alex Beaupain lui-m\u00eame, qui chante \u00e9galement, et un quatuor \u00e0 cordes et une formation pop (guitaire-basse-batterie).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;\u0153uvre interroge le rapport entre banalit\u00e9 famili\u00e8re et aventure humaine singuli\u00e8re. Original et touchant, Isabelle Monnin livre la preuve \u00e9clatante que chaque vie rel\u00e8ve d&rsquo;une intrigue et vaut d&rsquo;\u00eatre racont\u00e9e. Elle nous laisse \u00e0 une question\u00a0significative : les gens \u00ab\u00a0ordinaires\u00a0\u00bb existent-ils\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un vrai coup de c\u0153ur. Un bijou romanesque et musical. Apr\u00e8s le livre-disque et le spectacle, nous attendons avec impatience le film.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\"><b>Maike Brakhan<\/b><\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">La Cit\u00e9 de la Musique accueillait lundi 3 octobre 2017 la premi\u00e8re des trois repr\u00e9sentations parisiennes du spectacle mis en sc\u00e8ne par Alex Beaupain, <em>Les Gens dans l&rsquo;enveloppe<\/em>, l&rsquo;adaptation sc\u00e9nique du roman \u00e9ponyme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;id\u00e9e de monter ce spectacle germe depuis 2012. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, la romanci\u00e8re Isabelle Monnin ach\u00e8te par simple curiosit\u00e9 sur un site internet un lot de deux-cent-cinquante photos d&rsquo;une m\u00eame famille qu&rsquo;elle ne connait pas. \u00c0 partir de ce mat\u00e9riau, elle d\u00e9cide d&rsquo;\u00e9crire un roman avant de mener une enqu\u00eate pour retrouver la trace de cette famille. Dans la foul\u00e9e, l&rsquo;auteure expose son projet \u00e0 son meilleur ami, l&rsquo;auteur, compositeur et interpr\u00e8te Alex Beaupain qui lui soumet l&rsquo;id\u00e9e de joindre \u00e0 ce livre un album de chansons inspir\u00e9es de la fiction. Publi\u00e9 en 2015, ce livre-disque est r\u00e9compens\u00e9 d&rsquo;un double-disque d&rsquo;or et d&rsquo;un bel accueil m\u00e9diatique. L&rsquo;aventure aurait pu s&rsquo;arr\u00eater ici mais le duo avait \u00e0 c\u0153ur de transformer ce livre-disque en spectacle vivant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pour sa premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne artistique, le chanteur Alex Beaupain a fait le choix d&rsquo;une sc\u00e9nographie sans d\u00e9cor, ni costume. Pour donner corps aux \u00eatres de papier de Monnin, il a fait appel \u00e0 trois artistes reconnues, Clara Luciani, Clotilde Hesme et Fran\u00e7oise Fabian, incarnant respectivement la fille, la m\u00e8re et la grand-m\u00e8re du roman ainsi qu&rsquo;\u00e0 une formation de musiciens venue interpr\u00e9ter les chansons de l&rsquo;album.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><em>Les Gens dans l&rsquo;enveloppe<\/em> est un spectacle sur la m\u00e9moire, un spectacle du pass\u00e9 et du pr\u00e9sent. Beaupain et Monnin nous convient \u00e0 un voyage dans le temps en nous faisant parcourir l&rsquo;album photo de cette famille. Ces photos qui nous apparaissent nous donnent \u00e0 voir des instants choisis \u00e0 jamais fig\u00e9s sur papier glac\u00e9, et \u00e0 partir desquels Monnin \u00e9labore des hypoth\u00e8ses de lecture. Par la force du hasard, elle vise juste et devine des noms, des histoires. Dans des entretiens audio r\u00e9alis\u00e9s par Monnin, la famille a accept\u00e9 de revenir sur ces \u00e9v\u00e9nements pass\u00e9s, avec pudeur et sinc\u00e9rit\u00e9 pour raconter \u00ab\u00a0sa\u201d v\u00e9rit\u00e9.\u00a0 Une mani\u00e8re de jumeler le pass\u00e9 avec le pr\u00e9sent, la fiction avec la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La beaut\u00e9 de ce spectacle r\u00e9side dans la sinc\u00e9rit\u00e9 de la d\u00e9marche d&rsquo;Isabelle Monnin et d&rsquo;Alex Beaupain. Tous deux ont voulu donner la parole aux membres de cette famille. Une parole brute, parfois balbutiante, capt\u00e9e comme \u00e0 l&rsquo;insu de ces protagonistes, \u00a0qui r\u00e9v\u00e8le les blessures d&rsquo;une famille dans laquelle l&rsquo;amour ne se montre pas mais se ressent individuellement, secr\u00e8tement. Les paroles les plus sinc\u00e8res sont emprunt\u00e9es au chanteur Christophe : ce sont finalement ces \u00ab <i>mots qu&rsquo;on dit avec les yeux<\/i> \u00bb qu&rsquo;il est question de se dire pour la premi\u00e8re fois \u00e0 travers ce spectacle.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Oriane Cuenoud<\/h6>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify\"><b><i>Les gens dans l&rsquo;enveloppe<\/i> envoute la salle des concerts de la cit\u00e9 de la musique<\/b><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">Mardi 03 octobre avait lieu la premi\u00e8re des <i>Gens dans l&rsquo;enveloppe<\/i>, un spectacle musical d&rsquo;Alex Beaupin d&rsquo;apr\u00e8s le roman-enqu\u00eate d&rsquo;Isabelle Monnin publi\u00e9 chez J-C. Latt\u00e8s en 2015.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><b>Une \u0153uvre hybride \u00e0 la crois\u00e9e de l&rsquo;\u00e9criture et de la musique<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce spectacle retrace, entre musique, chansons et photos, l&rsquo;histoire d&rsquo;une famille \u00e0 travers trois g\u00e9n\u00e9rations de femmes, interpr\u00e9t\u00e9es par Clara Luciani, Clotilde Hesme et Fran\u00e7oise Fabian, respectivement Laurence, Michelle et Simone. Cette \u0153uvre hybride donne naissance \u00e0 un spectacle tout en douceur et rempli d&rsquo;\u00e9motions. Les chansons d\u00e9crivent le quotidien d&rsquo;une famille, via trois points de vue\u00a0: celui de Laurence qui, abandonn\u00e9e par sa m\u00e8re Michelle, \u00ab\u00a0<i>attend que quelqu&rsquo;un revienne, la rassure et puis l&#8217;emm\u00e8ne loin du val de Clerval<\/i>\u00a0\u00bb, Michelle, la m\u00e8re qui \u00ab\u00a0<i>s&rsquo;est lass\u00e9e, d&rsquo;attendre [&#8230;] s&rsquo;en est all\u00e9e<\/i>\u00a0\u00bb avec son amant, et Simone, la grand-m\u00e8re qui \u00ab\u00a0<i>a tout perdu, tellement qu&rsquo;elle ne sait m\u00eame plus si encore elle est ici ou si c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 fini<\/i>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><b>Des voix au service de la narration<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Les voix de Clara Luciani, Clotilde Hesme et Fran\u00e7oise Fabian content l&rsquo;histoire des gens dans l&rsquo;enveloppe en alternant lecture et chansons. Alex Beaupain au piano, compositeur des titres du spectacle, signe l\u00e0 sa premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne. Il joue le r\u00f4le du narrateur avec <i>Clerval<\/i>, m\u00e9lodie refrain du concert. Seules deux chansons, choisies par les femmes de la famille, ne sont pas sign\u00e9es de sa main\u00a0: Laurence interpr\u00e8te <i>Emilie et le grand oiseau<\/i> et Michelle chante <i>Les mots bleus<\/i>. En ce qui concerne la musique, un subtil accord entre classique (violoncelle et violon) et pop (batterie et basse) accompagne ce quatuor sur sc\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><b>Echo entre r\u00e9el et fiction<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le d\u00e9cor d\u00e9pouill\u00e9 met en valeur les voix. De simples lumi\u00e8res violettes et roses orang\u00e9es s&rsquo;animent sur le fond de la sc\u00e8ne, au rythme des chansons. Les interpr\u00e8tes sont mis en avant par des projecteurs \u00e9manant du dessus. Des photos de l&rsquo;enveloppe d\u00e9filent sur le fond \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une soir\u00e9e-diapositives familiale. Tout cela guide le spectateur \u00e0 se concentrer sur le principal\u00a0: les voix qui constituent le c\u0153ur du spectacle aussi bien \u00e0 travers la chanson que la lecture et l&rsquo;enqu\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\"><b>Une \u0153uvre autour des questions de m\u00e9moire et de perte<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0<i>En juin 2012, j&rsquo;ach\u00e8te sur internet un lot de 250 photographies provenant toutes d&rsquo;une m\u00eame famille. De cette famille, je ne sais rien.<\/i>\u00a0\u00bb disait Isabelle Monnin. La romanci\u00e8re et journaliste d\u00e9cide d&rsquo;\u00e9crire un roman d&rsquo;apr\u00e8s toutes ces photos, mettant en sc\u00e8ne une famille dont elle ne sait rien. Elle choisit, apr\u00e8s avoir \u00e9crit une partie de fiction, de partir \u00e0 la recherche de cette famille qu&rsquo;elle connait sans conna\u00eetre. Elle retrouve ces gens \u00e0 Clerval, un village du Doubs. De cette rencontre est n\u00e9 son \u00ab\u00a0roman-enqu\u00eate\u00a0\u00bb comme elle aime l&rsquo;appeler, une \u0153uvre \u00e0 mi-chemin entre la r\u00e9alit\u00e9 et la fiction et qui s&rsquo;est \u00e9coul\u00e9e \u00e0 plus de 60.000 exemplaires.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">L\u00e9a Th\u00e9ry<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Famille, souvenirs, cr\u00e9ation artistique&#8230; Autant de qualificatifs r\u00e9sumant l&rsquo;aventure men\u00e9e par Isabelle Monin, journaliste et \u00e9crivain \u00e0 l&rsquo;initiative du projet. En 2012, la romanci\u00e8re entre en possession d&rsquo;un lot de 250 photographies de souvenirs familiaux, achet\u00e9es sur internet et re\u00e7ues dans une grosse enveloppe blanche. Une famille de la France rurale des ann\u00e9es 70, de parfaits inconnus dont elle retrace le quotidien et imagine l&rsquo;identit\u00e9 dans un livre publi\u00e9 en 2015. Peu apr\u00e8s la r\u00e9daction de l&rsquo;\u0153uvre, afin de confronter fiction et r\u00e9el, Isabelle Monin m\u00e8ne l&rsquo;enqu\u00eate pour retrouver la famille des photographies perdues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Deux ans plus tard, le spectacle \u00ab\u00a0<i>Les gens dans l&rsquo;enveloppe<\/i>\u00a0\u00bb prend forme. En collaboration avec le compositeur Alex Beaupain ayant cr\u00e9\u00e9, \u00e0 partir du support litt\u00e9raire, des compositions originales \u00e9dit\u00e9es sur un disque, l&rsquo;id\u00e9e du spectacle est concr\u00e9tis\u00e9e \u00e0 la Philharmonie de Paris\u00a0: fusion litt\u00e9raire et musicale m\u00ealant chant, voix, musique, audiovisuel et enregistrement vocal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La sc\u00e8ne est en place, vide d&rsquo;artistes mais pr\u00eate \u00e0 les accueillir, les instruments sont silencieux. Un quatuor \u00e0 corde, un piano et une formation pop (guitare-basse-batterie) composent l&rsquo;espace. La mise en sc\u00e8ne t\u00e9moigne d&rsquo;un parti pris \u00e9pur\u00e9, une sobri\u00e9t\u00e9 esth\u00e9tique mais efficace, focus sur les protagonistes plac\u00e9es en quinconce au devant de la sc\u00e8ne, la fresque familiale peut commencer. Lumi\u00e8re est faite sur l&rsquo;histoire ainsi que sur les conteuses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Alex Beaupain seul n&rsquo;aura su se d\u00e9marquer vocalement du duo f\u00e9minin (Clara Luciani et Clothilde Hesme) en entonnant diverses m\u00e9lodies semblables \u00e0 des comptines pour enfants. Pourtant il aura choisi comme compagne la chanteuse \u00ab\u00a0nouvelle vague\u00a0\u00bb Clara Luciani, faisant partie sur sc\u00e8ne du trio interg\u00e9n\u00e9rationnel d&rsquo;actrices-chanteuses interpr\u00e9tant tour \u00e0 tour la m\u00e8re (Clothilde Hesme), la grand-m\u00e8re (Fran\u00e7oise Fabian) ainsi qu\u2019elle m\u00eame (la petite fille)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Autour des personnages qui prennent forment sous la voix et le corps des actrices, se diss\u00e9minent les r\u00e9cits de vies, dr\u00f4les et graves, suivant les g\u00e9n\u00e9rations. Les supports sont vari\u00e9s, il semble que le spectateur assiste \u00e0 une r\u00e9union de famille. Derri\u00e8re la sc\u00e8ne sont projet\u00e9es les photographies des \u00ab\u00a0gens dans l&rsquo;enveloppe\u00a0\u00bb transform\u00e9s en personnages de fiction sous la plume d&rsquo;Isabelle Monin. De temps \u00e0 autre la voix de l&rsquo;auteur r\u00e9sonne sur une bande sonore, celle qui retrace son enqu\u00eate en parall\u00e8le du livre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant, force est de constater que la r\u00e9alisation a voulu octroyer \u00e0 Fabian et Hesme dont on ne cache plus les talents dramaturgiques, la tribune pour une prestation vocale, sans que cela ne soit vraiment convainquant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Au final c&rsquo;est autour d&rsquo;une certaine virtuosit\u00e9 dans l&rsquo;assemblage, (au regard d&rsquo;une qualit\u00e9 simple qui n&rsquo;est pas toujours assum\u00e9e, mais qui peut plaire au spectateur par son c\u00f4t\u00e9 spontan\u00e9) que le spectacle s&rsquo;accorde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Des parcelles de vies qui seraient rest\u00e9es dans l&rsquo;oubli sans l&rsquo;initiative de la romanci\u00e8re. \u00ab\u00a0Si quelqu&rsquo;un sait coudre, qu&rsquo;il les assemble \u00bb finira-t-elle par dire lors de son apparition \u00e0 la fin du spectacle, comme pour tendre vers le spectateur le prisme d&rsquo;une cr\u00e9ation infinie nomm\u00e9e par l\u2019imagination.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Estelle Magnieux<\/h6>\n<hr \/>\n<h3 style=\"text-align: justify\">Un spectacle hybride<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify\">3 octobre, Cit\u00e9 de la musique. Entr\u00e9e dans la salle. Brume agr\u00e9able et envahissante. L&rsquo;esprit calme, je m&rsquo;assois au premier rang. La salle se remplit rapidement, la brume devint presque envo\u00fbtante. La lumi\u00e8re ne fut plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une photographie est diffus\u00e9e sur le mur. Il n&rsquo;y a pas de d\u00e9cors. Les artistes rentrent dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de la sc\u00e8ne pendant que des voix commencent \u00e0 communiquer en off. L&rsquo;une d&rsquo;entre ces voix appartient \u00e0 Isabelle Monnin, journaliste et auteur du roman-enqu\u00eate <i>Les gens dans l&rsquo;enveloppe<\/i>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Un jour par hasard, Isabelle Monnin atterrit sur une annonce proposant deux-cent-cinquante photos de famille. Apr\u00e8s les avoir re\u00e7ues, l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9crire une histoire \u00e0 partir de ces photos de famille lui ai venue. Puis, apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9criture du roman, son c\u00f4t\u00e9 journaliste a pris le relais, sa curiosit\u00e9 et sa pers\u00e9v\u00e9rance l&#8217;emmenant jusqu&rsquo;\u00e0 Clerval o\u00f9 elle a rencontr\u00e9 certains membres des \u00ab\u00a0gens dans l&rsquo;enveloppe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce livre est divis\u00e9 en deux parties, l&rsquo;une &lsquo;roman&rsquo; et l&rsquo;autre &lsquo;enqu\u00eate&rsquo;. Le roman a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit avant les investigations, les recherches, car l&rsquo;auteur ne voulait pas \u00eatre influenc\u00e9e par la r\u00e9elle histoire. Il raconte trois formes d&rsquo;abandon dont les femmes sont coupables et victimes, c\u2019est-\u00e0-dire l&rsquo;abandon par la m\u00e8re, l&rsquo;abandon de l&rsquo;amour et l&rsquo;abandon de la vie, les trois \u00e2ges de la vie d&rsquo;une femme. Il est important de souligner que le personnage central de ce livre n&rsquo;est pas l&rsquo;une de ces femmes, mais un homme. Michel, dit \u00ab Serge \u00bb, un fils abandonn\u00e9 par sa m\u00e8re, un mari abandonn\u00e9 par sa femme, et un p\u00e8re abandonnant ses responsabilit\u00e9s familiales \u00e0 travers l&rsquo;alcool.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le spectacle d&rsquo;Alex Beaupain livre une autre forme de narration. Sur sc\u00e8ne se pr\u00e9sentent trois chanteuses com\u00e9diennes incarnant : \u00ab Laurence \u00bb, la petite fille ; \u00ab Michelle \u00bb, la m\u00e8re ; \u00ab Simone \u00bb, la grand-m\u00e8re, un bassiste, un guitariste, un quatuor \u00e0 cordes et Alex Beaupain au piano.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La repr\u00e9sentation commence par une chanson \u00ab\u00a0\u00c0 Clerval\u00a0\u00bb, qui sera r\u00e9p\u00e9t\u00e9e quatre fois tout au long du spectacle avec \u00e0 chaque fois diff\u00e9rentes variations musicales. Les dix chansons originales du spectacle sont de vari\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La sc\u00e9nographie reposait avant tout sur des jeux de lumi\u00e8re, et la dramaturgie suivait un tempo bien particulier : des photographies accompagn\u00e9es d&rsquo;enregistrements, d&rsquo;interviews, puis un sc\u00e9nario accompagn\u00e9 d&rsquo;une chanson. Tout cela tournait de mani\u00e8re harmonieuse et pertinente. Les chanteuses-com\u00e9diennes Clara Luciani et Clotilde Hesme interpr\u00e9taient avec justesse et cr\u00e9dibilit\u00e9 les personnages et les chansons. Par ailleurs, Fran\u00e7oise Fabian incarnant \u00ab Simone \u00bb faisait quelques fautes notables concernant le texte et le d\u00e9roulement du spectacle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, pour souligner la forte symbolique m\u00ealant le romanc\u00e9 et le r\u00e9el, la vraie Laurence et ses enfants interpr\u00e8tent \u00ab \u00c9milie Jolie \u00bb de Philippe Chatel. Suzanne, la Michelle du roman, chante \u00ab Les mots bleus \u00bb de Christophe\u00a0avec Alex Beaupain. Quant \u00e0 Michel, il termine le spectacle en lisant les derni\u00e8res lignes du roman concernant son personnage \u00ab Serge \u00bb. Tout cela fut enregistr\u00e9 au pr\u00e9alable, les \u00ab gens dans l&rsquo;enveloppe \u00bb n&rsquo;\u00e9tant pas sur sc\u00e8ne directement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De grands moments d&rsquo;\u00e9motions jaillissaient, tant venant des interpr\u00e8tes que du public.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Emilia Trifunovic<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Ce spectacle intitul\u00e9 <i>Les Gens dans l&rsquo;enveloppe<\/i> nous fut pr\u00e9sent\u00e9 le mardi 3 octobre 2017 \u00e0 la Philharmonie de Paris. Sur la sc\u00e8ne, nous attendaient un petit nombre d&rsquo;instruments, des vents, des cordes, une percussion et le piano d&rsquo;Alex Beaupain, l&rsquo;auteur et compositeur du spectacle. Ce dernier comprenait des projections visuelles, des enregistrements, des lectures et des chants incarn\u00e9s par trois com\u00e9diennes chanteuses Clara Luciani, Clotilde Hesme et Fran\u00e7oise Fabian. Cette performance est une extension du livre \u00e9ponyme \u00e9crit par Isabelle Monnin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En effet, tout part de son id\u00e9e de d\u00e9part tr\u00e8s originale : en 2012, elle ach\u00e8te sur Ebay un lot de photos de famille dont elle ne connait strictement rien. Pas de nom, pas de localisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00c9tant romanci\u00e8re, elle va tout d&rsquo;abord imaginer une histoire sur ces visages. Puis, elle va mener une enqu\u00eate pour retrouver ces personnes, en accord avec son second m\u00e9tier de journaliste. Cette aventure entre la fiction et le documentaire durera trois ans et donnera naissance \u00e0 un livre-disque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Son ami d&rsquo;enfance, Alex Beaupain \u00e9crivit parall\u00e8lement douze chansons originales distribuables en trois parties, pour les\u00a0 trois com\u00e9diennes, pour les trois g\u00e9n\u00e9rations de personnages : la grand-m\u00e8re, la m\u00e8re\/le p\u00e8re et la fille. Le spectacle <i>Les Gens dans l&rsquo;enveloppe<\/i> nous pr\u00e9sentait donc l&rsquo;union de ces deux productions artistiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;origine du mot personnage viendrait de \u00ab\u00a0persona\u00a0\u00bb qui signifierait \u00abmasque\u00bb. Cette id\u00e9e va \u00eatre le point de d\u00e9part d&rsquo;un processus de r\u00e9\u00e9criture d\u00e9ploy\u00e9 devant nos yeux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Partant d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9, cinq couches interpr\u00e9tatives viennent s&rsquo;y superposer. Tout d&rsquo;abord, les photos s\u00e9lectionnent une partie de la v\u00e9rit\u00e9. Ensuite, le r\u00e9cit tente de reconstruire par l&rsquo;imagination un substitut de r\u00e9alit\u00e9. Puis, les chansons choisissent de sublimer seulement certains d\u00e9tails. Mais, les v\u00e9ritables personnes posent un regard sur ces captures du pass\u00e9. Finalement, nous pr\u00e9senter tout cela dans une performance sc\u00e9nique demande de nouveau un choix et constitue une cinqui\u00e8me interpr\u00e9tation de cette r\u00e9alit\u00e9. Ainsi, un m\u00eame mat\u00e9riau a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 une s\u00e9rie de m\u00e9tamorphoses, guid\u00e9s par des points de vue, tous s&rsquo;influen\u00e7ant entre eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tisser des histoires sur des photos, c&rsquo;est travailler depuis une r\u00e9alit\u00e9 lacunaire, comprenant ce que l&rsquo;on voit et ce que l&rsquo;on ne voit pas, mais aussi une r\u00e9alit\u00e9 tri\u00e9e et id\u00e9alis\u00e9e qu&rsquo;il faut pouvoir d\u00e9passer. Cette destruction de la photo va \u00eatre le point commun entre la fiction et les t\u00e9moignages des personnes qui, lors de leurs entretiens, expliquent une autre v\u00e9rit\u00e9 que celle qui fut immortalis\u00e9e, effort qu&rsquo;on observe aussi dans les chansons.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Une belle id\u00e9e fut exp\u00e9riment\u00e9e : celle de demander aux personnes de chanter la chanson qu&rsquo;ils pr\u00e9f\u00e8rent. C\u2019est ainsi en duo que la com\u00e9dienne a chant\u00e9 cet enregistrement. J&rsquo;ai alors eu l&rsquo;impression vertigineuse de me trouver \u00e0 la crois\u00e9e de tout ce que voulait exprimer cette performance : m\u00e9diter sur le \u00abmasque\u00bb et ce qu&rsquo;il exprime \u00e0 autrui, cette surface qui peut s&rsquo;explorer sur des territoires artistiques aussi diff\u00e9rents que la musique, l&rsquo;\u00e9criture, ou la mise en sc\u00e8ne. Oscar Wilde, dans <i>Le D\u00e9clin du Mensonge<\/i> disait bien de l&rsquo;art qu&rsquo;il est \u00ab\u00e0 la fois la surface et le symbole\u00bb.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Cl\u00e9mence Serio<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">En 2012, la journaliste Isabelle Monin fait un pari improbable\u00a0: raconter l\u2019histoire d\u2019une famille \u00e0 partir de photographies trouv\u00e9es sur Ebay. Puis elle d\u00e9cide de confronter son r\u00e9cit \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 : de cette enqu\u00eate hybride entre \u00e9criture, histoire et journalisme, sort un livre. Mais le projet ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0, en septembre 2017 \u00e0 la Philharmonie de Paris est pr\u00e9sent\u00e9 un spectacle. Bient\u00f4t, c\u2019est un film qui est pr\u00e9vu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Avec Alex Baupain, elle met en musique ces histoires, r\u00e9elles et fictives, pr\u00e9sent\u00e9es ce soir en un spectacle qui m\u00eale les genres\u00a0: concert, documentaire, film\u2026. Les voix synth\u00e9tiques et r\u00e9elles s\u2019entrem\u00ealent et se font \u00e9cho. Les premi\u00e8res, enregistr\u00e9es, qui nous semblent les plus \u00e9loign\u00e9es de nous sont pourtant les plus ancr\u00e9es dans notre r\u00e9alit\u00e9 quotidienne\u00a0: elles sont celles d\u2019Isabelle et des membres de la famille de Laurence (autour de la petite fille de la premi\u00e8re photo) . Au contraire, celles qui nous parviennent directement, sans filtre sont celles de l\u2019histoire invent\u00e9e de la famille. On tend \u00e0 en oublier ce qui est invent\u00e9 et ce qui provient du r\u00e9el.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019ensemble est discontinu, d\u00e9sorganis\u00e9, comme a d\u00fb l&rsquo;\u00eatre l\u2019esprit de la journaliste durant les longs mois d\u2019\u00e9criture et de d\u00e9couvertes. Cette discontinuit\u00e9 dans le r\u00e9cit est justifi\u00e9e par une toute petite phrase en fin de spectacle, qui questionne\u00a0: peut-on r\u00e9ellement conna\u00eetre une personne, une famille au travers des mots\u00a0? Elle affirme que non, et nous invite, spectateurs, \u00e0 construire notre propre histoire de cette famille de la Dourbe. Par cette simple phrase elle remet en question tout son travail de journaliste et d\u2019historienne (enqu\u00eatrice)\u00a0; et m\u00eame le travail de ces professions en g\u00e9n\u00e9rales\u00a0: peut-on connaitre les gens au travers de quelques lignes\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">N\u00e9anmoins, cette \u0153uvre discontinue tient la route gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019immense complicit\u00e9 entre les acteurs\u00a0; sourires, gestes de tendresse, regards crois\u00e9s tissent cette histoire, entour\u00e9e d\u2019une belle mise en sc\u00e8ne qui pr\u00f4ne l\u2019individualisation des figures. \u00c0 chaque prise de parole, les spots n\u2019\u00e9clairent qu\u2019une unique personne, pour chaque chanson, la sc\u00e8ne se teinte d\u2019une couleur qui fait \u00e9cho aux paroles. Ainsi, quand Clothide Hesme (la m\u00e8re) entonne avec Alex Beaupain <i>Les mots bleus,<\/i> la sc\u00e8ne prend bien \u00e9videmment une atmosph\u00e8re bleut\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">La m\u00eame attention \u00e0 l\u2019individualisation se retrouve dans la pr\u00e9sentation finale des artistes et des musiciens \u00e0 la toute fin du spectacle\u00a0: chacun, lorsque son nom est \u00e9nonc\u00e9, voit se projeter derri\u00e8re lui, sur le grand \u00e9cran une photo issue de l\u2019album de famille personnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Mais pour rendre hommage \u00e0 ce spectacle, il faut que je vous parle de Laurence. Laurence, c\u2019est la petite fille jou\u00e9e par Clara Luciani, elle s\u2019appelle Laurence \u00e0 la fois dans la fiction et dans la r\u00e9alit\u00e9. Clara joue le r\u00f4le d\u2019une enfant, cach\u00e9e derri\u00e8re sa longue frange brune, on n\u2019en devine que les grands yeux noirs. Elle semble timide, boudeuse, mais au fond d\u2019elle-m\u00eame elle a une grande gueule, et pense plein de choses qu\u2019elle ne dit pas, parce qu\u2019on ne la comprendrait pas. Mais l\u2019enfant bougon dispara\u00eet lorsqu\u2019elle chante <i>Emily Jolie<\/i>, sa bouche s\u2019agrandit en un sourire qui la fait rayonner et illumine sa tristesse quotidienne. Car cet enfant collectionne les \u00ab moments\u00a0\u00bb et la collection la plus fournie est celle des moments d\u2019ennui ; elle collectionne aussi du bois et des b\u00e2tons qu\u2019elle cache sous son lit, car ce sont des choses \u00ab\u00a0tr\u00e8s importantes\u00a0\u00bb et non des \u00ab\u00a0cochonneries\u00a0\u00bb comme son p\u00e8re lui dit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Son histoire \u00e0 cet enfant, c\u2019est celle d\u2019un abandon. En fait, c\u2019est l\u2019histoire de toute la famille. Elle est abandonn\u00e9e par sa m\u00e8re, comme son p\u00e8re l\u2019est par sa femme., comme il l\u2019a \u00e9t\u00e9 auparavant par sa v\u00e9ritable m\u00e8re et son v\u00e9ritable p\u00e8re. La m\u00e8re elle-m\u00eame s\u2019abandonne, m\u00eame si c\u2019est \u00e0 l\u2019amour et \u00e0 la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Vie, qu\u2019elle semble avoir \u00f4t\u00e9e \u00e0 son mari et surtout \u00e0 sa fille apr\u00e8s son d\u00e9part, alors que la petite Laurence remplit sa vie d\u2019inanim\u00e9\u00a0: un t\u00e9l\u00e9phone qui devient son meilleur ami, sa collection de branches et de feuilles, m\u00eame ses camarades de classe, elle les organise, les classe, les hi\u00e9rarchise, les vide de sens. Elle les connait mieux que personne, mais elle n\u2019est pas leur ami. A nouveau, l\u2019on peut lire une critique sous-jacente des milieux journalistiques et historiques, qui classent et vident de sens les personnages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L\u2019on peut donc distinguer deux mouvements majeurs \u00e0 cette \u0153uvre\u00a0: la remise en cause de la connaissance des personnes par l\u2019\u00e9criture critique, et son corollaire\u00a0: l\u2019individualisation des figures.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cette derni\u00e8re se ressent particuli\u00e8rement dans la passion perceptible des com\u00e9diennes \u00e0 incarner leurs doubles, cr\u00e9ant ainsi une atmosph\u00e8re fluide, qui coule et facilite le suivi du r\u00e9cit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Pourtant, \u00e0 chaque fois que la \u00ab\u00a0grand-m\u00e8re\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb prend la parole, on sent une tension, une crispation dans l\u2019air\u00a0; les regards ne se font plus joueurs mais fixes, comme porteur d\u2019une pression, d\u2019une appr\u00e9hension de la faute\u00a0; l\u2019atmosph\u00e8re ne se d\u00e9lie qu\u2019avec les applaudissements du public, semblant apporter la confirmation attendue et jamais demand\u00e9e explicitement. Crispation volontaire ou non\u00a0? Elle rajoute au r\u00e9alisme du r\u00e9cit, Laurence \u00e9tant tr\u00e8s critique vis-\u00e0-vs de sa grand-m\u00e8re qu\u2019elle trouve si distante. Elle appr\u00e9hende chacune de leurs rencontres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En clair, Isabelle Monin avec son \u0153uvre <i>Les gens dans l\u2019enveloppe<\/i>, signe un pari qui semble porter ces fruits puisqu\u2019il re\u00e7oit l\u2019acclamation du public. Par ailleurs, d\u00e9veloppant la m\u00eame \u0153uvre sur trois m\u00e9diums diff\u00e9rents, elle permet \u00e0 tout un chacun de se poser des questions sur l\u2019importance du support, et sur le r\u00f4le de la cr\u00e9ation dans la diffusion du savoir. Elle explore jusqu\u2019au bout le processus de cr\u00e9ation et de r\u00e9alisation. Elle inscrit son \u0153uvre dans une lign\u00e9e d\u2019autres qui se questionnent sur l\u2019importance et la r\u00e9alisation d\u2019\u0153uvres d\u2019art, ainsi que sur le n\u00e9c\u00e9ssaire recul qu\u2019il faut prendre face \u00e0 un point de vue unique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Cassandre Lyotier<\/h6>\n<pre>Illustration : Alex Beaupain<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Concert | Philhamonie de Paris | En savoir plus Un vent de nostalgie a souffl\u00e9 sur la salle de concerts de la Cit\u00e9 de la musique pendant la repr\u00e9sentation \u00ab\u00a0Les gens dans l&rsquo;enveloppe\u00a0\u00bb, spectacle mis en sc\u00e8ne par Alex Beaupain d&rsquo;apr\u00e8s le livre d&rsquo;Isabelle Monnin, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":7,"featured_media":9939,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,25,50],"tags":[],"class_list":["post-9938","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives","category-concert","category-philharmonie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9938","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/7"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=9938"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/9938\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=9938"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=9938"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=9938"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}