{"id":9975,"date":"2017-10-11T20:30:47","date_gmt":"2017-10-11T18:30:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.culture-sorbonne.fr\/?p=9975"},"modified":"2017-10-11T20:30:47","modified_gmt":"2017-10-11T18:30:47","slug":"la-mecanique-de-lhistoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chroniques.sorbonne-universite.fr\/?p=9975","title":{"rendered":"La m\u00e9canique de l&rsquo;histoire"},"content":{"rendered":"<p>Performance | Panth\u00e9on de Paris | <a href=\"http:\/\/www.paris-pantheon.fr\/Actualites\/Monuments-en-Mouvement-Yoann-Bourgeois-au-Pantheon\">En savoir plus<\/a><\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">En haut de la montagne Sainte-Genevi\u00e8ve, dans le Panth\u00e9on, Yoann Bourgeois rejoue la rencontre entre l&rsquo;histoire et la science. En 1851, c&rsquo;est l\u00e0 que L\u00e9on Foucault a mis en \u00e9vidence la rotation de la Terre. Un bracelet est donn\u00e9 aux spectateurs \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e pour leur indiquer le point de d\u00e9part de la visite. Apr\u00e8s un prologue au centre du monument pour lancer l&rsquo;oscillation du pendule, le groupe est s\u00e9par\u00e9 entre les quatre modules dispos\u00e9s aux extr\u00e9mit\u00e9s de la grande salle. On trouve un trampoline, une planche en \u00e9quilibre, une autre en rotation et une \u00ab\u00a0balance de l\u00e9vit\u00e9\u00a0\u00bb. Chacun des montages donne \u00e0 voir un ph\u00e9nom\u00e8ne physique sur les corps des acrobates-danseurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Aucune parole n&rsquo;est prononc\u00e9e, afin de laisser au spectateur le soin d&rsquo;imaginer la signification du jeu qui s&rsquo;op\u00e8re sous ses yeux. Seul un motif musical commun viendra faire l&rsquo;unit\u00e9 entre les parties du spectacle qui se termine au centre du monument dans l&rsquo;effondrement des danseurs au pied du Pendule qui poursuit inlassablement, sa r\u00e9volution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">L&rsquo;ensemble s&rsquo;\u00e9loigne du \u00ab\u00a0spectaculaire\u00a0\u00bb vif du cirque en choisissant un style \u00e9pur\u00e9, lent et progressif qui renvoie au mouvement prudent du Pendule. On y retrouve toutefois tout ce que le registre a de magique et c&rsquo;est le souffle court que l&rsquo;on sort tant les prestations d\u00e9fient l&rsquo;imaginaire. Il faut au moins aller voir le lieu pour s&rsquo;arr\u00eater un instant devant l&rsquo;\u0153uvre de Foucault, r\u00e9volutionnaire, historique et dans laquelle se m\u00ealent science et po\u00e9sie.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Louise Vallat<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Je suis all\u00e9e voir \u00ab\u00a0La m\u00e9canique de l&rsquo;histoire, une tentative d&rsquo;approche d&rsquo;un point de suspension, exposition vivante au Panth\u00e9on\u00a0\u00bb. C&rsquo;est un spectacle d\u00e9ambulatoire ayant lieu au Panth\u00e9on, r\u00e9alis\u00e9 par Yann Bourgeois et la compagnie\u00a0du Centre chor\u00e9graphique national de Grenoble. J&rsquo;ai trouv\u00e9 ce spectacle particuli\u00e8rement original pour diff\u00e9rentes raisons, d&rsquo;abord par son caract\u00e8re d\u00e9ambulatoire. On se prom\u00e8ne de num\u00e9ros en num\u00e9ros dans un espace imposant, celui du Panth\u00e9on, de ses grandes colonnes\u00a0; et ces num\u00e9ros sont ouverts \u00e0 la multiplicit\u00e9 des points de vue\u00a0: on peut s&rsquo;y asseoir tout autour, comme au cirque. En outre, la cr\u00e9ation de Yann Bourgeois se trouve \u00e0 la crois\u00e9e des genres, de la science, de l&rsquo;histoire, du cirque, de la danse et du th\u00e9\u00e2tre, ce qui la rend d&rsquo;autant plus originale, dans un lieu symbolique et historique, r\u00e9investi\u00a0dans le cadre de l&rsquo;op\u00e9ration <i>Monuments en mouvement<\/i> du Centre des monuments nationaux. Dans la mesure o\u00f9 ce spectacle d\u00e9ambulatoire est plac\u00e9 sous l&rsquo;\u00e9gide du pendule de Foucault du d\u00e9but \u00e0 la fin, les diff\u00e9rents langages combin\u00e9s (du th\u00e9\u00e2tre, de la danse, du cirque) invitent de mani\u00e8re synth\u00e9tique \u00e0 une r\u00e9flexion sur le rapport de l&rsquo;homme et de la femme au globe terrestre et plus g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 une r\u00e9flexion sur l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9. Cette invitation \u00e0 la r\u00e9flexion a lieu dans une atmosph\u00e8re \u00e9trange et tr\u00e8s d\u00e9paysante ; c&rsquo;est ce point qui m&rsquo;a sans doute le plus marqu\u00e9\u00a0: il se d\u00e9gage de ces num\u00e9ros une impression d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9, qui nous exhorte \u00e0 voir diff\u00e9remment notre rapport \u00e0 l&rsquo;espace terrestre, mais aussi aux autres. En effet au num\u00e9ro intitul\u00e9 \u00ab\u00a0inertie\u00a0\u00bb, Yann Bourgeois met en sc\u00e8ne un homme et une femme qui se croisent, se rencontrent, marchent, courent ensembles, s&#8217;embrassent, se quittent par un dernier regard, partent chacun de leur c\u00f4t\u00e9. Rien n&rsquo;est dit\u00a0; le soin nous est laiss\u00e9 de s&rsquo;\u00e9tonner et de s&rsquo;interroger. Dans un autre num\u00e9ro que j&rsquo;ai trouv\u00e9 poignant, six hommes se d\u00e9couvrent peu \u00e0 peu, sautant, bondissant de l&rsquo;escalier pour sauter du trampoline \u00e0 l&rsquo;escalier, ou se dissimulant sous l&rsquo;escalier\u00a0; le d\u00e9cor est \u00e9pur\u00e9 (il n&rsquo;y a qu&rsquo;un escalier qui ne cesse de tourner), l&rsquo;impression d&rsquo;irr\u00e9el est d&rsquo;autant plus forte.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">H\u00e9l\u00e8ne Bufort<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">Dans le cadre de l&rsquo;op\u00e9ration \u00ab\u00a0Monuments en mouvement\u00a0\u00bb, Yoann Bourgeois nous propose une mise en sc\u00e8ne riche et \u00e9quilibr\u00e9e au sein m\u00eame du Panth\u00e9on. La sc\u00e9nographie propose cinq spectacles d&rsquo;une quinzaine de minutes chacun, dispos\u00e9s sous une coupole. Le spectateur d\u00e9ambule librement dans le sens des aiguilles d&rsquo;une montre, dans un espace immense, froid, onirique, silencieux et pesant. Le tout berc\u00e9 d\u2019une sonorit\u00e9 exp\u00e9rimentale, m\u00ealant violoncelle et chuchotements, diffus\u00e9s par des hauts-parleurs en catimini, dans un \u00e9cho invers\u00e9 et intrigant. Les murs du monument semblent vouloir nous chuchoter quelque chose \u00e0 l&rsquo;oreille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C\u00f4t\u00e9 visuel, c&rsquo;est un ensemble de dispositifs recherch\u00e9s et p\u00e9rilleux qui nous sont donn\u00e9s \u00e0 observer. Les plans sont en mouvements et tout aussi instables les uns que les autres. Les danseurs s&rsquo;efforcent de contrer les lois de la physique avec une chor\u00e9graphie harmonieuse et tout en l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. \u00c0 l&rsquo;instar d&rsquo;une formule math\u00e9matique qui assure un r\u00e9sultat logique, les mouvements op\u00e9r\u00e9s et ma\u00eetris\u00e9s apr\u00e8s maintes r\u00e9p\u00e9titions sont justes et pr\u00e9cis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Yoann Bourgeois parvient \u00e0 rendre perceptible aux yeux du spectateur, l&rsquo;\u00e9quilibre des ph\u00e9nom\u00e8nes qui r\u00e9gissent notre monde, \u00e0 travers cette performance artistique. Sous le regard imposant du monument de style n\u00e9o-classique, les danseurs habill\u00e9s de la m\u00eame couleur que la pierre, tentent de trouver l&rsquo;eurythmie, entra\u00eenant ainsi une harmonie universelle. Fa\u00e7onnant ainsi une osmose entre interpr\u00e8tes\/public\/lieu et tous les \u00e9l\u00e9ments qui nous entourent, forgent notre monde et notre histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">C&rsquo;est avec beaucoup d&rsquo;enthousiasme que je souhaite remercier le service-culture de Paris-Sorbonne, sans qui je n&rsquo;aurais pas eu la chance de partager cet \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Elona Prime<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">En partenariat avec le Th\u00e9\u00e2tre de la Ville de Paris et dans le cadre du cycle \u00ab\u00a0Monuments en mouvement\u00a0\u00bb lanc\u00e9 par le Centre des Monuments Nationaux, Yoann Bourgeois proposait du 3 au 14 octobre 2017 au Panth\u00e9on un spectacle aux r\u00e9sonances \u00e0 la fois scientifiques, philosophiques et po\u00e9tiques\u00a0: \u00ab\u00a0La M\u00e9canique de l&rsquo;histoire\u00a0: une tentative d&rsquo;approche d&rsquo;un point de suspension\u00a0\u00bb. Le d\u00e9cor imposant du Panth\u00e9on se pr\u00eatait bien \u00e0 cet hymne au mouvement, \u00e0 mi-chemin entre le th\u00e9\u00e2tre, le cirque, le ballet et la performance et qualifi\u00e9 par le metteur en sc\u00e8ne lui-m\u00eame d&rsquo;\u00ab\u00a0exposition vivante\u00a0\u00bb. \u00a0Les spectateurs, divis\u00e9s en quatre groupes pour voir et entendre au plus pr\u00e8s les \u00ab\u00a0acteurs\u00a0\u00bb, se voyaient ainsi proposer un v\u00e9ritable itin\u00e9raire d\u00e9ambulatoire. La disposition en croix grecque de l&rsquo;\u00e9difice favorisait la tenue harmonieuse de quatre spectacles simultan\u00e9s, autour du Pendule de Foucault, point d&rsquo;ouverture et de cl\u00f4ture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Le Prologue donnait le ton avec une femme-quille oscillant avec \u00e9l\u00e9gance au rythme du pendule, d\u00e9fiant d&#8217;embl\u00e9e les rapports de forces \u00e9l\u00e9mentaires. Tout autant que l&rsquo;\u00e9clairage, les costumes simples mettaient en valeur la souplesse du corps des acteurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Cependant, en plus de la musique douce qui s&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rait dans les moments de tension, une voix-off lisant peut-\u00eatre un texte po\u00e9tique aurait sans doute ajout\u00e9 plus d&rsquo;effet et att\u00e9nu\u00e9 le silence, parfois pesant, surtout au d\u00e9but, pour le spectateur un peu d\u00e9rout\u00e9. Car cette d\u00e9composition et cette mise \u00e0 nu du temps faisaient v\u00e9ritablement appel \u00e0 la patience du public. Et pourtant, apr\u00e8s un petit temps d&rsquo;adaptation, la contemplation pure des gestes se r\u00e9v\u00e8le inspirante, comme si les mouvements eux-m\u00eames suffisaient \u00e0 raconter une histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On pouvait ainsi voir dans la partie\u00a0\u00ab\u00a0\u00c9quilibre\u00a0\u00bb l&rsquo;image des relations d\u00e9licates entre l&rsquo;homme et la femme, dont la tension ne peut se r\u00e9soudre que par l&rsquo;atteinte d&rsquo;un point de stabilit\u00e9. Cette qu\u00eate \u00e9tait symbolis\u00e9e par une chaise que chacun, situ\u00e9 \u00e0 des bouts oppos\u00e9s d&rsquo;un plateau, tentait de poser au centre. Les actions apparaissaient alors comme devant \u00eatre sym\u00e9triques, coordonn\u00e9es, conjointes pour \u00e9viter de faire basculer le fragile \u00e9quilibre du plateau. Lorsqu&rsquo;ils \u00e9taient d\u00e9sormais assis \u00e0 la m\u00eame table et sortis de leur \u00e9go\u00efsme, le sourire esquiss\u00e9 par les deux signait la r\u00e9ussite de la communication.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">De m\u00eame, \u00ab\u00a0Inertie\u00a0\u00bb \u00e9tait une bonne illustration de l&rsquo;aventure amoureuse, avec ce couple qui se rencontre, s&rsquo;\u00e9loigne puis se retrouve mais qui, en d\u00e9pit de sa course de plus en plus pr\u00e9cipit\u00e9e sur le plateau (course qui rappelle l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de nos soci\u00e9t\u00e9s modernes) n&rsquo;arrive jamais vraiment \u00e0 atteindre l&rsquo;autre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On ne peut qu&rsquo;admirer l&rsquo;agilit\u00e9 et la gr\u00e2ce des acteurs-acrobates qui t\u00e9moignent d&rsquo;un travail certain, notamment pour\u00a0\u00ab\u00a0\u00c9nergie\u00a0\u00bb\u00a0o\u00f9 des hommes tombaient puis rebondissaient sur des marches, \u00e0 une hauteur de plus en plus \u00e9lev\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">En d\u00e9finitive, cette exp\u00e9rience \u00e9tonnante nous ramenait \u00e0 notre fascination d&rsquo;enfant pour ce qui bouge et nous invitait \u00e0 red\u00e9couvrir la beaut\u00e9 du mouvement par les forces qui le composent et nous d\u00e9passent, pour, ainsi, reprendre corps.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\"><b>Mailys Trubert<\/b><\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">En ce d\u00e9but de mois d&rsquo;octobre, l&rsquo;histoire du Panth\u00e9on \u00e9tait suspendue aux d\u00e9cisions de Yoann Bourgeois&#8230; au sens propre. L&rsquo;acrobate-danseur a mont\u00e9 au Panth\u00e9on, dans le cadre de \u00ab\u00a0Monuments en mouvement\u00a0\u00bb, <i>La M\u00e9canique de l&rsquo;histoire, une tentative d&rsquo;approche du point de suspension<\/i>, qu&rsquo;il qualifie d&rsquo;\u00ab\u00a0exposition vivante\u00a0\u00bb. Dans le d\u00e9cor sibyllin du plus c\u00e9l\u00e8bre tombeau fran\u00e7ais, le balancement du pendule de Foucault inspire un spectacle \u00e0 couper le souffle. Le titre pourrait nous induire en erreur\u00a0: ce n&rsquo;est pas l&rsquo;histoire de France que raconte Yoann Bourgeois mais \u00ab\u00a0les rapports de forces \u00e9l\u00e9mentaires \u00e0 partir desquels toutes les histoires universelles s&rsquo;\u00e9crivent\u00a0\u00bb. Ces forces ce sont celles du mouvement, de la m\u00e9canique, d\u00e9compos\u00e9s en quatre parties, les quatre sc\u00e8nes entre lesquelles les spectateurs d\u00e9ambulent\u00a0: inertie &#8211; trajectoire &#8211; \u00e9quilibre &#8211; \u00e9nergie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Apr\u00e8s avoir observ\u00e9, plong\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9, le pendule de Foucault se balancer lentement depuis la hauteur vertigineuse du d\u00f4me du Panth\u00e9on, le spectateur se dirige vers l&rsquo;une des quatre ailes de la nef.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Tout d&rsquo;abord, l&rsquo;inertie. Le plateau tourne, doucement, puis de plus en plus vite. Un homme et une femme, chacun d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 du plateau. Presque po\u00e9tiquement, la force centrifuge s&rsquo;exerce sur eux. Ils se l\u00e8vent, marchent, courent, se penchent l&rsquo;un vers l&rsquo;autre, se poursuivent, comme si cette force ne les clouait pas au sol. Car un corps pers\u00e9v\u00e8re dans son \u00e9tat de repos ou de mouvement \u00ab\u00a0si les forces qui s&rsquo;exercent sur lui se compensent\u00a0\u00bb\u00a0: Newton avait raison, les deux acrobates sont compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Puis vient la trajectoire. Tout repose sur une perche avec, \u00e0 un bout, un poids, \u00e0 l&rsquo;autre bout, une femme. Elle s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve tranquillement, tourne sur elle-m\u00eame, semble voler. On a l&rsquo;impression d&rsquo;observer une astronaute sur la lune, la gr\u00e2ce en plus. Archim\u00e8de avait raison, avec un levier, on soul\u00e8ve le monde, ou du moins, une femme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Ensuite, l&rsquo;\u00e9quilibre. Un plateau est fix\u00e9 en son centre sur un pic : il n&rsquo;est pas stable, la moindre pression le fait pencher d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 ou de l&rsquo;autre. Au milieu est pos\u00e9e une table. De chaque c\u00f4t\u00e9, des \u00e9quilibristes montent lentement, progressivement, chacun avec une chaise. Pour pouvoir s&rsquo;asseoir sans que le plateau ne tombe, leur coordination doit \u00eatre parfaite. Cette fois-ci, c&rsquo;est un \u00e9tudiant qui questionne ce spectacle tremblant\u00a0: \u00ab\u00a0Jusqu&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;\u00e9quilibre instable est-il instable\u00a0?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">Enfin, \u00e9poustouflante, l&rsquo;\u00e9nergie. La sc\u00e8ne se compose d&rsquo;un escalier tournant, avec en son centre, un trampoline, que le spectateur assis ne voit pas. Les quatre acrobates, un \u00e0 un, \u00e9voluent sur la structure grin\u00e7ante. Puis soudain, ils tombent dans le vide, pour en ressurgir aussit\u00f4t\u00a0: miracle de l&rsquo;\u00e9nergie m\u00e9canique. De marche en marche, les acrobates tombent et remontent, comme tir\u00e9s par un fil invisible, ils s&rsquo;\u00e9croulent et ressurgissent, encore et encore, jusqu&rsquo;\u00e0 la marche la plus haute o\u00f9 l&rsquo;on croit l&rsquo;\u00e9nergie \u00e9puis\u00e9e, ce qu&rsquo;elle\u00a0n&rsquo;est jamais. Anaxagore avait raison, \u00ab\u00a0rien ne na\u00eet ni ne p\u00e9rit\u00a0\u00bb, tout est mouvement\u00a0: c&rsquo;est la m\u00e9canique de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Solene Varescon<\/h6>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: justify\">\u00ab\u00a0Faites vibrer le monument\u00a0\u00bb, semble nous murmurer Yoann Bourgeois : quand les artistes du cirque c\u00f4toient les grands hommes, le Panth\u00e9on transforme ses tombes en fauteuils de th\u00e9\u00e2tre. Dans cet espace sacr\u00e9, les acrobates se d\u00e9placent comme des h\u00e9ros de l&rsquo;Antiquit\u00e9 ; nous d\u00e9couvrons cinq sc\u00e8nes &#8211; \u00e0 chacune son jeu avec l&rsquo;\u00e9quilibre. Tout se d\u00e9place dans la lenteur, et les pas press\u00e9s des spectateurs se font plus discrets \u00e0 chaque \u00e9tape du parcours : on ne se bouscule pas pr\u00e8s des dr\u00f4les d&rsquo;acrobates en costume blanc, leurs voiles nous disciplinent. Point n&rsquo;est besoin de lire le fascicule pour que la gravit\u00e9 nous vienne aux l\u00e8vres : tous la d\u00e9fient, dans une poursuite ou dans un cache-cache que le violon accompagne sans varier ; les silhouettes s&rsquo;amusent, certaines rient. C&rsquo;est le spectateur qui <i>d\u00e9ambule<\/i>, de sc\u00e8ne en sc\u00e8ne &#8211; chacune est un plan qui se tient de lui-m\u00eame. Nous d\u00e9robons une p\u00e9rip\u00e9tie de l&rsquo;histoire et la lumi\u00e8re s&rsquo;\u00e9teint \u00e0 chaque cl\u00f4ture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify\">On quitte le Panth\u00e9on, de nuit\u00a0; la tour Eiffel scintille au moment o\u00f9 les grandes portes s&rsquo;ouvrent, elle tr\u00f4ne, point central \u00e0 l&rsquo;horizon &#8211; la sortie du spectateur est aussi pens\u00e9e par la mise en sc\u00e8ne. \u00c9nergie, inertie, trajectoire, \u00e9quilibre\u00a0: quatre mots pour d\u00e9crire les sc\u00e8nes qui entourent le pendule de Foucault. Yoann Bourgeois les transcrit en \u00e9quations, et donne le sur-texte des \u00e9pisodes a\u00e9riens qui se sont offerts \u00e0 nous, par quatre fois, d&rsquo;abord de face, puis devin\u00e9s entre des piliers, ou tapis en arri\u00e8re-plan. Le contexte est post-texte\u00a0: il ne vient pas avec, il se lit apr\u00e8s, il d\u00e9voile la logique de l&rsquo;artiste mais n&rsquo;\u00e9puise pas le spectacle, car ce dernier se tient debout &#8211; <i>en apesanteur<\/i> &#8211; sans les mots.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: right\">Tania Sanchez<\/h6>\n<pre>Photo : G\u00e9raldine Aresteanu<\/pre>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p class=\"text-justify mb-2\" >Performance | Panth\u00e9on de Paris | En savoir plus En haut de la montagne Sainte-Genevi\u00e8ve, dans le Panth\u00e9on, Yoann Bourgeois rejoue la rencontre entre l&rsquo;histoire et la science. En 1851, c&rsquo;est l\u00e0 que L\u00e9on Foucault a mis en \u00e9vidence la rotation de la Terre. 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