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Amphithéâtre Richelieu – Sorbonne

Lundi 3 novembre 2025

Quatre comédiens, 9 personnages et un décor minimaliste et intime. C’est tout ce qui a fallu à la troupe suisse L’homme de dos et à Adrien Barazzone pour mettre au point une pièce percutante, drôle et interrogative. Toute intention de nuire retrace le procès mené par l’avocat Alexandre Badadone contre l’autrice Pauline Jobert. Ce dernier l’accuse en effet d’avoir repris bon nombre d’éléments de sa vie privée, y compris un secret familial dans son roman Marcher sans craindre le ravin. Par-dessus tout, le protagoniste masculin que Badadone interprète comme étant sa personne, n’est autre qu’un mari misogyne, mesquin voire violent.

Cette pièce est l’occasion de remettre en scène les grands procès littéraires qui ont notamment marqués le XIXè siècle. La pièce pose la question de l’intervention de la justice dans le cadre artistique et fictionnel. En effet, comment et pourquoi juger une histoire inventée ? A première vue, c’est un débat ancien dont l’histoire a déjà fait le tour. Cependant, la pièce d’Adrien Barazzone parvient à revaloriser les questionnements autour de l’inspiration de l’artiste, de la place du réel dans la fiction ou encore du travail d’écriture et de sa valeur. En ce sens, j’ai trouvé le débat et les interrogations soulevées pertinentes et surtout libres. Libres, dans la mesure où le parti pris de l’histoire n’était pas si limpide que cela et laissait ainsi le spectateur se faire son avis sans être trop influencé. En effet, d’aucun se rend très vite compte qu’il s’agit peu in fine de savoir si Alexandre Badadone EST le personnage du roman ou non. Il est plutôt question de savoir comment et pourquoi ce dernier se trouve dans les traits d’un personnage toxique (s’il ne l’est pas).

Les différents personnages m’ont tous convaincus et sont parvenus à trouver leur singularité dans l’histoire. Les hésitations, l’agacement et le fouillis que peut créer un procès ont bien été retransmis et le jeu avec le public a encore plus dynamisé ce procès. Les références à l’actualité ainsi que la psychologie fine et juste des personnages réhaussent la vraisemblance pour une histoire censée se dérouler en 2025.

Ainsi, il n’y a pas de doute sur le fait que j’ai vraiment beaucoup apprécié la pièce. Particulièrement, je tiens à souligner le mélange fluide des émotions qui nous fait passer du rire à la stupéfaction et presque aux larmes à un moment donné. L’enchaînement est naturel, sans heurt et maintient l’attention du spectateur.

La simplicité du décor et de la mise en scène ont donné l’effet d’un cocon qui était plutôt agréable à regarder et qui s’ajustait totalement avec la pièce.

S’il y avait peut-être un bémol à retenir, il concernerait la longueur de la pièce. Ce n’est pas que c’était trop long mais plutôt que vers la fin on commençait à tourner en rond en termes de questions/réponses entre l’accusé et la défense. Heureusement, le jeu et la diversité des personnages permettaient parfois de faire oublier ce ressassement mais j’ai trouvé dommage que d’autres aspects du procès n’aient pas été abordés, ce qui aurait permis de plus justifier la longueur de la pièce (qui en passant n’était pas longue en soi je le rappelle).

Une bonne découverte et une expérience qui a changé ma perspective de lectrice.

Crédit photo : Dorothée Thébert Filliger

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