0 3 minutes 2 semaines

Théâtre National de Chaillot

Dimanche 8 février 2026

Matarife y Paraíso propose une relecture singulière du flamenco, envisagé comme espace où sacré et profane s’affrontent. Le spectacle accumule des images fortes, parfois déroutantes, qui composent une méditation sur la quête de l’idéal, ce « paradis » toujours espéré et menacé.

Le registre religieux traverse la pièce de part en part. Voiles, draps dorés, postures solennelles, références explicites au sacre ou à la crucifixion construisent une imagerie où la danse semble devenir une forme de foi. Les corps sont parfois exposés, d’autres fois sacrifiés. Le titre même, Matarife, convoque la figure du sacrificateur, et la présence de la viande sur scène inscrit cette idée de sacrifice, dans une matérialité presque brutale. La foi évoquée ici passe par le corps, la répétition et l’épuisement.

Le flamenco, dans ses formes les plus reconnaissables, apparaît d’abord comme un socle. La danse s’inscrit dans un registre traditionnel, très incarné, laissant une large place à la danseuse, dont le corps est un moteur expressif central. Mais ce socle est progressivement fissuré. Les codes se mélangent à des éléments théâtraux et à des gestes qui semblent volontairement dissonants. Cette hybridation met au contraire en crise l’idée même de pureté du flamenco.

Le spectacle joue constamment avec le sublime et le trivial. Des scènes à forte charge symbolique, presque liturgique, cohabitent avec des moments de désacralisation assumée, où le quotidien et le profane s’imposent sans transition. L’apparition d’objets contemporains, comme le tapis de course, détourne le rapport au corps et au mouvement, évoquant une modernité productiviste, absurde, où l’on s’épuise sans avancer. Le flamenco, habituellement associé au sol et à l’ancrage, se trouve alors confronté à une logique de performance vide de sens.

La relation entre les deux interprètes oscille elle aussi entre équilibre et rupture. Tantôt en miroir, tantôt en opposition, leurs corps dialoguent sans jamais se stabiliser dans une forme définitive. Des scènes d’intimité, parfois violentes dans leur symbolique, rappellent que cette quête du paradis passe aussi par la chair et la vulnérabilité. La nudité partielle des corps achève de rompre avec toute idéalisation.

Loin d’une image consolante du paradis, le spectacle en montre au contraire la fragilité. En cela, Matarife y Paraíso propose une vision incarnée de la quête spirituelle, traversée par le doute et l’imperfection.

Crédit photo : Laura Léon

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