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Théâtre National de Chaillot

Dimanche 8 février 2026

Conçue par Andrés Marín et co-chorégraphiée avec Ana Morales, la pièce Matarife/Paraíso est une relecture de La Divine Comédie et de la quête de Dante poursuivant Béatrice. Le spectacle est une expérience sensorielle complète. Une légère odeur d’encens y flotte, éveillant un troublant sentiment de nostalgie. L’expérimentation primordiale de Marín avec le son et la musique confère une structure encore plus charnelle à l’œuvre, intégrant le son de la peau et du tissu. La musique façonne la chorégraphie à mesure que la chorégraphie façonne la musique. Les percussions de la batterie dialoguent avec les pas de flamenco, exécutés avec une évidente virtuosité par Marín et Morales.

Ce collage est réalisé à partir de scans de négatifs 35 mm issus de ma collection personnelle. J’ai sélectionné des fragments d’images qui m’évoquent le spectacle.

On voit tout d’abord une contre-plongée d’Éros, incarnation mythologique du désir charnel, figée sous un ciel vivant de bleu et de nuages. À ses côtés, des ruines égyptiennes rappellent l’ancrage organique et la minéralité de la sacralité et du rituel qui traverse le temps. Puis, traversant en largeur le collage, la rigidité d’un alignement de chaises rouges tranche avec la staticité d’hommes tronqués en costume. Vient s’y glisser un fragment de mer, légèrement trouble et rocheuse, évoquant une perception altérée du temps.

Enfin, plus bas, trois fragments de clichés dévoilent un couple juvénile disséquant un gâteau nuptial rose. La timidité de cette incision et l’instant suspendu précédant la consommation physique instaurent une ambivalence face à la communion de Morales et Marín se partageant la chair de l’agneau en dansant sur scène. Fraîchement sacrifiée par la figure du Matarife, l’abatteur, cette viande crue partage d’ailleurs la même couleur que le gâteau nuptial. On peut l’interpréter comme un décalage ironique ou, au contraire, comme la confirmation que ce geste ordinaire est profondément sacré.

En réalité, c’est l’ensemble du collage qui s’articule autour de cette tension, que l’on retrouve également dans le spectacle, oscillant constamment entre dérision et sacralité viscérale. Qu’il s’agisse d’un Éros figé surplombant les êtres humains, de la répétition inlassable des ruines témoignant des civilisations passées, ou de l’allure statique et absurde de ces hommes en costume, tout gravite autour de la même question. Là où le spectacle déploie une dramaturgie brutale et transgressive, le collage semble d’abord lui opposer le vernis parfois ridicule de notre civilisation. Mais à travers cette juxtaposition globale, l’œuvre révèle sa véritable dualité : sous l’innocence apparente de la convention sociale et l’absurdité de nos postures se cache une authentique dimension sacrée. Qu’on l’interprète comme absurde ou sacré, l’essence charnelle et le besoin primitif du rituel demeurent, au fond, invariablement les mêmes.

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