Comédie Française
Lundi 20 octobre 2025
Enfants sur scène, gaffes, Scapino italiano parigino… La mise en scène de Denis Podalydès entre tradition et modernité
Trois tournées d’applaudissement pour Les Fourberies de Scapin dans la soirée du 20 octobre. Mais ce n’est pas une rareté quand on parle d’une pièce jouée à la Comédie Française. Entre stratagèmes, blagues et fous rires, le public a de quoi se réjouir. Il reste à voir comment cette représentation de Molière a su mélanger une pièce issue de la Commedia dell’arte à un air beaucoup plus moderne, orné de personnages fraîchement dessinés, aux traits caricaturaux qui savent bien gagner l’attention du public. Une critique qui se divise en deux partis distincts : ceux qui ont aimé et ceux qui sont restés consternés.
Une pièce de la Commedia dell’arte : « Molière l’italien »
Pour toute personne qui s’y connaît en théâtre, les personnages de Molière sont une source interminable de succès. Dans l’argot des jeunes, le gars était fort. À travers cette pièce, Molière a su mettre en scène le conflit générationnel entre deux pères et deux fils, avec le fil conducteur narratif tenu par le valet qui porte le nom de Scapin et qui sait mettre à nu les ingratitudes de la jeunesse.
À gagner l’enthousiasme du public, le rire — l’ingrédient fondamental pour toute pièce comique. Les Fourberies de Scapin est une pièce comique qui sait passer du sérieux imbibé de stratagèmes à un ton plus léger, en intégrant le chant, la danse et, pourquoi pas, des tirades en italien ! Ma foi, le public a presque cru que Noam Morgensztern était italien, tellement il a bien parlé en italien.
Bref, le peu d’italiens dans la salle ont ri : ça fait du bien de retrouver de la variété dans les salles des théâtres parisiens, exactement comme aux temps de Molière ! Le théâtre des Italiens était bien connu, à l’époque, et Molière même est fils de la culture théâtrale italienne : savez-vous que Scapin est le valet par excellence de la Commedia dell’arte ?
« Ils ont ajouté des scènes, cela n’était pas le texte original. Je n’ai pas aimé les scènes rajoutées, c’était trop moderne »
À la sortie de la pièce, les avis sont contradictoires. Il y en a qui, comme les familles, ont bien apprécié les modifications et les rajouts, les scènes copiées-collées pour susciter le rire, et qui, comme ce monsieur qui chuchotait son avis complètement littéraire et un peu démodé en marchant dans les couloirs en direction de la sortie, n’ont pas du tout aimé. Mais on le connaît déjà – l’éternel combat entre les nouvelles et les vieilles générations !
Pour ma part, l’interprétation de la pièce a été très subtile : les changements n’ont touché que les moments des rires et les blagues à la saveur moderne se sont bien adaptées au texte de Molière. Peut-être que certaines scènes étaient un peu trop poussées – soit ! – mais cela reste une comédie que Molière écrit peu avant de mourir, quand il est fatigué de la cour du roi et il veut écrire seulement pour susciter le rire et pour se rebeller aux règles strictes de la production royale. Cela dit, on comprend pourquoi la pièce doit sortir des canons de son époque comme de la nôtre. Molière serait bien content de savoir que sa pièce a divisé les avis une fois de plus.
Enfin, le bilan de la soirée : adultes et jeunes sont sortis du théâtre sans être d’accord, la pièce a été applaudie et aimée par le public, Scapin est resté sur scène avec son bandage à la tête et on se demande s’il sera toujours là demain soir — car peut-être qu’il est fatigué de convaincre tout le monde à rire et, comme le dit le Petit Prince, il est bien plus difficile de se juger soi-même que de juger autrui !
Crédit photo : Mirna Tarquini